Le Scarabée
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Demain sera toujours demain

par ARNO*
mise en ligne : 17 septembre 1999
 

L’optimisme est dans l’air du temps et la langue de Jospin est en peau de skaï véritable.

Demain, youpi tralala, c’est la reprise ! Tous les experts cli­gnotent au vert, ils nous font toucher du doigt que la crois­sance est à portée de la main, tandis que nous foulons du pied le chemin lumineux qui mène vers la verte vallée des len­de­mains qui chantent. Nous allons sortir du creux de la vague où surfent les vaches maigres, car point à l’horizon le soleil radieux du bout du tunnel. D’endémique le chômage deviendra résiduel, de sys­té­mique la crise deviendra un mauvais souvenir.

Demain sera mieux qu’aujourd’hui.

Demain les impôts seront gra­tuits, et les déficits anéantis par une vague d’allégresse. Demain les pauvres seront riches, nous jouirons sans entraves, nous tou­cherons les divi­dendes de nos sacri­fices passés. Demain nous serons payés en stock-​​options et retraités en fonds de pension à la fran­çaise. Demain les CRS mani­fes­teront de notre côté. Demain les nou­velles tech­no­logies seront encore plus nou­velles et les bio­tech­no­logies encore plus bios.

Demain nous répondrons « présent » au rendez-​​vous de la croissance.

Demain nous serons cham­pions du monde tous les ans, nous com­mu­nierons sous l’éclipse tous les mois, et ce sera le réveillon du mil­lé­naire tous les soirs.

Certes, « demain » ne sera pas le jour qui suit aujourd’hui. « Demain », ce sera avant la fin de l’année ou dans dix ans. « Demain » ne sera pas non plus partout en même temps pour tout le monde.

Ca risque même d’être un peu plus com­pliqué que ça. Aujourd’hui, ce sont les der­niers sacri­fices pour que demain vienne la reprise. Demain, donc, la reprise : c’est-à-dire les sacri­fices pour « accom­pagner » la reprise, pour pro­voquer le retour de la crois­sance (est-​​elle jamais venue ?). Après-​​demain, la crois­sance, youpi ! Pas si vite : encore de tous der­niers sacri­fices pour « sou­tenir » la crois­sance. Alors après-​​après-​​demain, enfin nous tou­cherons les fruits de la crois­sance ? Ouh-​​là pas si vite, comme vous y allez, on va droit dans le mur de l’inflation ! C’est clair, si nous ne faisons pas des sacri­fices après-​​après-​​demain, nous ris­quons d’« hypothéquer » la crois­sance des len­de­mains qui suivent (bande d’irresponsables !).

Mais une chose est cer­taine : demain est devant nous, il suffit de main­tenir le cap.

Demain, Jospin rase gratis.

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