Le Scarabée
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Deux millénaires pour une intégration réussie

par ARNO*
mise en ligne : 3 mars 1997
 

Le modèle d’intégration réussie pour le Pré­sident Chirac, c’est la com­mu­nauté juive. Espérons que les migrants récents n’auront pas à passer par les mêmes mons­truo­sités que celles qu’ont enduré les juifs de France…

Chirac com­mé­morait hier les 190 ans du Grand San­hédrin (les débuts de l’intégration de la com­mu­nauté juive dans la société fran­çaise). L’occasion pour lui de tenir un dis­cours de notable de pro­vince aux relents douteux : « Je ne suis pas raciste, hein, la preuve j’ai des amis juifs ; j’ai rien contre les immigrés, mais trop c’est trop ! »

Donc, si j’ai bien compris, notre Pré­sident sou­haite prendre la com­mu­nauté juive comme modèle d’intégration. Déci­dement le Chirac n’est pas à une connerie près !

  1. Il serait enfin temps de ne plus consi­dérer les juifs de France comme des immigrés, puisqu’ils sont Français depuis des siècles (c’est même la base du Grand San­hédrin de 1807).

  2. Sachant que la dia­spora date du premier siècle de notre ère, voici donc le calen­drier prévu pour l’intégration des nou­veaux migrants (Afrique du Nord et Afrique noire) : arrivée en France au cours du XXe siècle ; entre 2700 et 3400, les afri­cains subiront dis­cri­mi­na­tions et pogroms ; en 3700, la France leur recon­naîtra la natio­nalité fran­çaise ; en 3800, une affaire reten­tis­sante mon­trera la forte pro­pension anti-​​africaine de la société (« j’accuse ! ») ; en 3840, les afri­cains seront déchus de la natio­nalité fran­çaise et déportés en masse ; enfin, à la veille du qua­trième mil­lé­naire, un Pré­sident français citera les afri­cains comme modèle d’intégration ! Alors, mon chichi, c’est ça ta vision de l’intégration réussie ? Deux mil­lé­naires de per­sé­cu­tions pour accéder à la citoyenneté fran­çaise et être pourtant considéré comme un Français à part ? T’as raison, les lois Debré sont sur la bonne voie…

Ensuite notre bon Pré­sident a dénoncé l’amalgame des contes­ta­taires qui ont rappelé la simi­litude des lois Debré avec les lois de Vichy. Pour son édifi­cation per­son­nelle, apprenons-​​lui que ceux qui ont défilé en arborant une étoile jaune étaient, jus­tement, juifs… pas des petits agi­ta­teurs récu­pérant des sym­boles mal­sains, mais bien des repré­sen­tants de cette com­mu­nauté attachée à la mémoire, vigi­lante face aux dérives fas­ci­santes. Res­sortir ce symbole dou­loureux n’est pas de leur part une récu­pé­ration, mais un geste admi­rable car il leur est, plus qu’à qui­conque, pénible (cer­tains pleu­raient d’en arriver là).

Et pour finir, Chirac a repris à son compte le men­songe gou­ver­ne­mental de ces der­nières semaines : lutter contre l’immigration clan­destine pour favo­riser l’intégration des migrants légaux. Men­songe éhonté !

  1. Men­songe car les lois Pasqua et Debré ne s’attaquent pas aux clan­destins : elles trans­forment les légaux en illégaux (l’affaire de Saint-​​Bernard l’a rappelé). Ces lois livrent à l’arbitraire de l’administration les immigrés régu­liers… à tel point que même des Français ont désormais du mal à renou­veler leurs papiers ; tiens, un exemple de cir­cons­tance, demandez à un fils de juif pied-​​noir (rapatrié français d’Algérie) de vous raconter la der­nière fois qu’il a tenté de renou­veler sa carte d’identité, à coup sûr l’aventure fut épique.

  2. Men­songe que de pré­tendre favo­riser l’intégration quand les arrêtés minis­té­riels se suc­cèdent pour mar­gi­na­liser les étrangers régu­liers (l’Education nationale « épurée » de ses maîtres auxi­liaires étrangers, les hôpitaux publics de leurs médecins étrangers…). La machine à exclure les légaux tourne à plein, on cherche où est la volonté d’intégration !

  3. Men­songe encore que de nier l’appel à la délation. Si l’article premier de la loi Debré a été amendé, un arrêté existe tou­jours qui oblige les fonc­tion­naires à dénoncer tout sans-​​papiers. Toute régu­la­ri­sation devient de facto impos­sible, puisque tout contact avec un fonc­tion­naire (en vue d’engager le pro­cessus d’obtention de papiers) entraîne une dénon­ciation obli­ga­toire. La délation, en France, est déjà institutionnelle.

Alors si, effec­ti­vement, la com­mu­nauté juive est admi­ra­blement intégrée, cela s’est fait au cours d’une his­toire dra­ma­tique. Si le Pré­sident dénonce « l’angélisme, la naïveté et l’ignorance [des contes­ta­taires] qui, comme les bonnes inten­tions, pavent l’enfer de la xéno­phobie », on ne peut qu’espérer que l’immigration d’aujourd’hui ne devront pas suivre le même chemin que celui des juifs de France.

Pour finir, merci Chirac de rap­peler que « le racisme sous toutes ses formes [te] trouvera tou­jours en travers de sa route » ; en d’autres temps, tu t’es montré par­ti­cu­liè­rement gêné par « le bruit et l’odeur » des afri­cains. Si donc tu sou­haites faire de ton corps un rempart contre le Front National, achète des boules Kiès et du déodorant, parce que là, c’est du bruit qui pue.

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