Le Scarabée
Masquer la pub

Dope, drogue, cocaïne et X-Drink

par ARNO*
mise en ligne : 23 octobre 1996
 

Les energy-​​drinks débarquent en France… Comment faire de la publicité pour la drogue.

Quand je vous disais que la pub tue ! Y’en a une, en ce moment, qui me gonfle tout par­ti­cu­liè­rement ; non, pas celle où Claude-​​Jean Phi­lippe et Michel Polac vendent des lunettes (on avait raison de penser que Polac était plus diver­tissant que sub­versif !). Je vous parle de cette cam­pagne d’affichage pour des canettes de boisson énergisante-​​électrisante, la pre­mière pub pour un X-​​Drink en France.

C’est quoi, d’abord, une boisson éner­gi­sante ? C’est un produit long­temps interdit ici (tant mieux !), censé décupler l’énergie du consom­mateur, et contenant des racines de plantes asia­tiques, de la corne de rhi­no­céros, des épices orientaux, de la caféine et plein de salo­peries chi­miques. D’abord, au goût, c’est infect (selon d’adage : « un médi­cament n’est efficace que s’il a mauvais goût »), et pour l’effet, c’est à peu près aussi excitant qu’une photo de Lolo Ferrari.

Reste que cette pub, avec son look réso­lument bran­chouillé, cible exclu­si­vement les ados (c’est comme NRJ, passé 16 ans, c’est insup­por­table), et c’est ça qui choque. Alors qu’est-ce qu’on leur apprend, à nos gamins ? Que pour bander (ce que suggère finement la pré­sence d’une créature moulée de latex), rien de tel que l’aide d’un produit chi­mique. Que pour être branché, faut être speedé, que la convi­vialité (convi­vialité et inté­rac­tivité seront les deux mamelles du XXIe siècle) s’acquiert par la prise de pro­duits dopants. Que pour passer le bac, il faut prendre des exci­tants. Charmant tableau ! Ou comment se fabriquer un monde de camés sur­pro­ductifs et sou­riants. Dans d’autres milieux, la sub­stance vraiment convi­viale, qui fait bander, spee­dante, exci­tante et anti-​​fatigue, c’est la cocaïne (non, je l’ai pas dit…) !

Qu’est-ce que c’est que cette société qui apprend à ses jeunes les travers de ses adultes ? On n’a plus le droit de dormir, d’être fatigué, de se reposer ? Beau modèle de vie : effi­cacité, ren­ta­bilité, com­pé­ti­tivité. Energy-​​drink toute la journée, som­ni­fères le soir, et cal­mants le week-​​end (rap­pelons, parce que c’est bien le fond de ce papier, que les Français battent tous les records de prise de cal­mants). Je vous conseille le spec­table édifiant (et fré­quent) de deux jeunes femmes com­parant leurs pres­crip­tions médi­cales, l’efficacité sup­posée de leurs drogues pour dormir puis pour se réveiller.

Hop ! un suppo, et au lit !

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