Le Scarabée
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Halte à l'anti-racisme !

par ARNO*
mise en ligne : 13 septembre 1996
 

Puisque le racisme est autorisé par la Loi, est-​​ce que l’anti-racisme est encore autorisé ?

Sur le cul ! Sur le cul, je suis ! Le Pen nous a encore tous entubés. Il a réussi à mener le dis­cours immonde jusqu’à des limites qu’on ne pensait plus pos­sible ouver­tement, tout en restant dans la légalité (pour ceux qui n’ont pas suivi le début de l’affaire, se reporter à l’édito pré­cédent). Et oui, c’est très très fort : la loi fran­çaise ne punit pas le racisme. Elle punit l’incitation à la haine raciale. Nuance !

Alors quand Le Pen annonce que les noirs et les blancs ne sont pas égaux, c’est raciste, mais ce n’est pas léga­lement condam­nable. En tout cas, c’est notre Toubon national qui le dit : on ne peut pas pour­suivre Le Pen pour ses propos. Et pour faire la balance entre ce qui est mal et ce qui s’étouffe, le Toubon, c’est devenu un expert !

C’est drô­lement for­tiche : on pensait que, pour une fois, Le Pen avait expli­ci­tement franchi les bornes du tolé­rable ; même pas. L’incitation à la haine raciale, elle est bien là, mais elle n’est pas explicite. Il faut rap­procher les propos de Le Pen, "les noirs et les blancs ne sont pas égaux", de la nou­velle ligne de l’appareil FN, "la culture occi­dentale est bien supé­rieure à toutes les autres". Mais il faut croire que la com­bi­naison des deux ne constitue pas encore une inci­tation à la haine raciale. De deux choses l’une : soit la Justice est encore aux mains d’une bande de vieux magis­trats pétai­nistes, soit les jeunes juges sont formés dans des écoles de Droit lar­gement très à droite (voir plus si affi­nités). Non, c’est pas ça…

En tout cas, puisque Le Pen a encore réussi une superbe percée dans le dégueu­lasse, le pouvoir acceptant de fait une nou­velle juris­pru­dence du cynisme, on se demande quelles seront les pro­chaines étapes.

La pre­mière va consister à répandre le voca­bu­laire brun dans tous les milieux (c’est la stra­tégie pré­férée du FN). Ainsi, même un anti-​​raciste va être obligé d’utiliser le mot "race". Une notion géné­ti­quement démentie en ce qui concerne l’homme, mais qu’on va voir res­surgir allè­grement : race blanche, race noire, race asia­tique, comme on parle de races de chiens. On peut se demander jusqu’où on peut aller sans s’attirer les foudres de la Justice : est-​​ce que parler de "race juive" est juri­di­quement condam­nable ? Les han­di­capés vic­times de maladies géné­tiques, c’est encore la même race que nous ? Est-​​ce que "race bre­tonne", "race basque" ou "race corse", ça passe ? Ne parlez pas de "race aryenne", bien sûr, puisqu’alors c’est le FN qui vous accusera de pro­vo­cation ! Allez, petit à petit, on va se remettre à parler de races, même pour contrer le front national, genre : "Il n’y a pas de dif­fé­rence entre la race noire et la race blanche". Hein que ça énerve !? Mais ne vous inquiétez pas, d’ici quelques mois, ça passera comme une lettre à la poste.

Au passage, Le Pen invente des vérités his­to­riques pas piquées des han­netons, qu’on voudra for­cément contrer (genre : "les occi­dentaux ont tout inventé, c’est la seule civi­li­sation valable"). Bravo, c’est le doigt dans l’engrenage qui mène à des com­promis inad­mis­sibles ("c’est peut-​​être vrai aujourd’hui, mais ça ne l’a pas tou­jours été"…). Il invente également des notions épous­tou­flantes : les lobbies anti-​​racistes, les mani­pu­la­teurs anti-​​racistes. Alors on va peu à peu prendre ses dis­tances avec l’anti-racisme, his­toire d’avoir encore le droit de discuter.

Et une fois que le voca­bu­laire raciste (et homo­phobe et anti­sémite, on ne va pas se gêner) sera banalisé (voir l’exemple de l’expression "le pro­blème de l’immigration", lar­gement uti­lisée désormais, qui admet d’office que l’immigration est un pro­blème), on passera à un stade supé­rieur. Comme aujourd’hui.

Mais pas de panique, hein, on n’a quand même pas le droit de dire tout et n’importe quoi dans notre beau pays : ainsi, il est stric­tement interdit de dire que Le Pen est un fas­ciste et que le Front National est un parti d’extrême-droite. Ca, c’est puni par la Loi.

Nous voilà rassurés…

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