Le Scarabée
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Jeux Olympiques Trademark, Atlanta Incorporated

par ARNO*
mise en ligne : 3 août 1996
 

Le Scarabée aime les Jeux OlympiqueTM… à sa façon.

A la demande générale, voici un édito sur les Jeux OlympiquesTM (si, si, vous avez été nom­breux - 2 - à exiger un papier là-​​dessus). Autant vous pré­venir tout de suite, je vais être d’une mau­vaise foi comme rarement et je suis, sur le sujet, très mauvais juge : je me suis mis au sport la semaine der­nière (par esprit olym­pique, je quitte l’ascenseur pré­ma­tu­rément et grimpe le dernier étage à pied).

Il est de bon ton, sur le Net, de dénigrer les JeuxTM (voir l’article joyeu­sement haineux des Ours) ; le Sca­rabée, qui aime bien tout faire comme tout le monde, va donc ici se joindre à la meute et hurler avec les loups. Point par point et dans l’ordre du comme-​​ça-​​me-​​vient.

  • Le culte du corps

    Bien plus que toute autre com­pé­tition sportive, les J.O. sym­bo­lisent le culte du corps. A priori rien à reprocher à cela. Pourtant… Inventés par les grecs antiques, les pre­miers JeuxTM font l’apologie d’un corps de guerrier, dont le plus bel exemple est le spar­tiate. Gloire donc à Sparte, sa dis­ci­pline de fer, son bon esprit guerrier et sa sélection natu­relle (« Chéri, j’ai fait tomber bébé du haut de la falaise ! »). Réin­tro­duits par un Pierre de Cou­bertin bien facho (comme on l’aime à l’oublier), les JeuxTM modernes sont conçus pour exalter la supé­riorité de l’athlète blanc de blanc. Pas étonnant que les JeuxTM n’aient eu aucun remords à aller se com­pro­mettre à Berlin en 1936.

    Le culte du corps, aux J.O. comme dans la pub, ça finit tou­jours en une exal­tation d’un homme supé­rieur, parfait, par un rejet de la dif­fé­rence et du défaut phy­sique : « Je préfère mourir que finir dans une chaise rou­lante » ou « Je préfère avorter si mon bébé a un bec de lièvre ».

  • La trêve olympique

    Belle connerie ! Belle idée, mais belle connerie ! Les ricains boy­cottent les JeuxTM de Moscou (1980), puis les russes ceux de Los Angeles (1984), les pales­ti­niens mas­sacrent les ath­lètes israé­liens à Munich (1972). Ouais, ça doit être ça, la trêve olympique .

  • L’amateurisme

    Rappelez-​​vous (cherchez bien, c’est vieux, tout ça), les ath­lètes sont censés être ama­teurs. C’est même un des fon­de­ments de l’olympisme . Plus maintenant.

    Et puis, l’organisation confiée aux plus grosses mul­ti­na­tio­nales amé­ri­caines, ça fait des dégâts. Si l’on se plaint de l’organisation, c’est parce que les grosses boîtes emploient des béné­voles sous-​​payés, sous-​​formés pour aug­menter leurs béné­fices. Ce sont les Jeux OlympiquesTM ou une ode à l’ultra-libéralisme ? Déci­dément, ces JeuxTM puent le fric.

  • Le bon esprit de la compétition amicale

    Le bon esprit, ça doit être, sans doute, l’exaltation du natio­na­lisme et du chau­vi­nisme. L’occasion d’apprendre que les japonais sont « vraiment très petits », les russes « vraiment très pauvres », les noirs « vraiment très noirs ». Inutile pour un étranger de faire une extra­or­di­naire per­for­mance si, le même jour, un français rem­porte une médaille de bronze, ça n’intéresse per­sonne (en France).

  • L’exemplarité

    Les sportifs exemples pour la jeu­nesse ? J’espère bien que non ! C’est sans doute une question de goût, mais j’espère bien que ma fille (c’est une hypo­thèse, je ne me suis pas encore reproduit) ne deviendra pas lan­ceuse de poids, ni mon fils hal­té­ro­phile. Et peux-​​t-​​on vraiment sou­haiter à ses enfants les souf­frances et les défor­ma­tions phy­siques imposées par le sport de haut niveau qui n’est pas, loin s’en faut, bon pour la santé ?

    Mais surtout, faut-​​il réel­lement se réjouir de l’exemple de ces mutants stéréoïdés-​​anabolisés ? Car c’est de noto­riété publique, même si notre ministre des sports fait son maximum (plus haut, plus vite…) pour faire taire les mau­vaises langues, les superbes per­for­mances sont le fruit des petites pilules magiques, des dopes et drogues qui font courir sans douleur. Bel exemple pour la jeu­nesse. Bob Marley, Jimy Hendrix et Janice Joplin auraient dû s’inscrire aux JeuxTM !

  • Le plein de médailles

    (Attention, l’argument qui suit n’est vraiment pas défendable !)

    C’est fête : la France a fait le plein de médailles ! Faut-​​il vraiment s’en réjouir ? Non. Un pays qui gagne aux JeuxTM est un pays dans lequel l’ascenseur social est en panne, où le seul espoir pour les pauvres et les noirs de s’en sortir est le sport. L’illustration par­faite, ce sont, bien sûr, les Etats-​​Unis. Le black qui réussit, c’est celui qui fait de la boxe, du basket ou du football.

Voilà, j’espère que ces argu­ments, tous plus fal­la­cieux les uns que les autres, ne vous auront pas convaincus, parce que, quand même, les Jeux OlympiquesTM, c’est vachement beau !

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