Sans me vanter, le fouchtebaule, je crois en avoir assez bien compris le principe. J’ai regardé deux matchs à la télé pour vous (parce que si ç’avait été pour moi, je me serais abstenu). Et il ne m’en a pas fallu plus pour tout comprendre. Je me permets donc de vous expliquer tout ça, histoire que vous n’ayez pas l’air totalement débiles lors du Mundial de bientôt.
La première notion à bien maîtriser, c’est le système de notation. À l’instar du patinage artistique, le fouchtebaule est un sport qui se note. Un certain nombre de juges s’installent dans la tribune présidentielle et, à la fin du match, mettent une note de 0 à 6, avec une décimale. J’ai compris ça après France-Suède : j’ai personnellement trouvé cela très chiant, ce que mon jeune frère, éminent expert ès crampons, m’a confirmé, « c’était un match nul ». Tellement nul que la note finale en fut 0,0. Brésil-Argentine ne valait guère mieux, puisque les juges lui ont mis 1,0.
Sur le terrain, trois équipes coordonnent leurs mouvements pour tenter, ensemble, d’obtenir la meilleure note (ainsi le fouchtebaule se rapproche plus de la natation synchronisée que du patinage artistique). Il y a deux équipes de onze joueurs, aux rôles assez équivalents (ce qui fait qu’on peut, si l’on n’est pas assez nombreux, se passer d’une des équipes de onze). La troisième équipe est facile à identifier : elle s’habille en noir et est constituée d’un seul jour, muni d’un sifflet. Comme pour l’aviron, le type au sifflet donne le rythme aux autres.
Il y a aussi, et ça m’a l’air important, un ballon : ainsi le fouchtebaule se rapproche-t-il de la Gymnastique Rythmique et Sportive. Mais comme il n’y a qu’un ballon pour 23 joueurs, et que donc en permanence la plupart des joueurs jouent sans ballon, je suppose que, si l’on manque de moyens, on peut jouer très bien sans ballon. En revanche, sans sifflet, c’est impossible.
Maintenant que l’organisation générale du fouchtebaule est acquise, voyons les différentes phases du jeu…
Le « dribeule » (le crétin à la télé prononçait « dribble », comme Mitterand disait « Aple » au lieu d’« Apeule ») est l’aspect le plus tribal du fouchtebaule : deux joueurs dancent autour du ballon, puis se roulent par terre en poussant de grands cris et en se tenant les genoux. C’est assez rigolo.
Parfois il y a « touche », ce qui signifie qu’on a le droit de toucher le ballon avec les mains. Ça, j’ai mal compris, mais il semble qu’on n’ait pas le droit de jouer avec les mains. Mais ce n’est pas sûr, vu que plusieurs joueurs ont de gros gants, comme au base-ball.
Un autre truc très rigolo : l’« accélération ». Ça ressemble au dribeule, sauf qu’à la place de danser autour du ballon, les deux joueurs courent en ligne droite. Ensuite, c’est pareil, ils se roulent par terre en criant et en se tenant les genoux.
Le « tacle » (et non, comme on pourrait le croire, « tacueule ») est un geste qui demande beaucoup de coordination. Un premier joueur se jette au sol (mais ne crie pas) et, seulement ensuite, un second joueur lui tombe dessus en hurlant et en se tenant, au choix, les mollets ou les couilles. Le premier se relève alors et fait de grands gestes signifiant « c’est pas moi, c’est pas moi ». Là, le type qui est tout seul dans son équipe se met en face du premier et lui montre un bout de papier de couleur (j’ai bien regardé, il n’y a aucun rapport entre la couleur du papier et la couleur du joueur). C’est semble-t-il un moment très émouvant. Le type de la télé, décidément pas très au courant, a commenté : « ça, on ne peut pas dire que Rouskaïev a joué le ballon » ; c’est idiot, si le but du fouchtebaule était de jouer au ballon, ça n’aurait aucun intérêt.
Immédiatement après le « tacle », il y a le « coup franc ». C’est assez rare, parce que la plupart du temps, au fouchte, on pratique plutôt le « coup en traître » (c’est pour ça que les joueurs sont toujours blessés au niveau de là où je pense).
De temps en temps, il y a « but ». Ça s’appelle comme ça parce que c’est le but du jeu. Plus il y a de buts, et plus la note à la fin du match est élevée. C’est un truc assez étonnant. Tous les joueurs d’une équipe se roulent par terre en se tenant la tête, et ceux de l’autre équipe forment un gros tas et se mettent à faire l’amour entre eux. J’ai bien regardé : ils font semblant. N’empêche que je ne suis pas certain que ce soient des choses à montrer aux enfants. Heureusement ça ne dure pas très longtemps, parce que le joueur de l’équipe noir (qui s’ennuie tout seul) vient leur dire que bon, ça va bien cinq minutes, mais ils se termineront dans les vestiaires.
À la fin, il y a cette partie du match que je n’ai pas bien saisie : les « interviews dans les vestiaires ». Les joueurs enlèvent leurs maillots, ce qui rend difficile la compréhension du jeu, vu qu’on ne sait plus dans quelle équipe ils jouent. Là on nous montre plein d’hommes tous nus qui prennent leur douche ensemble. J’ignore complètement à quoi sert cette phase du jeu, ni si le maniement de la savonnette influe sur la note que l’on attribue à la partie.
Mais tout cela est accessoire : l’intérêt du fouchtebaule, ce n’est pas de le regarder, c’est de le commenter. C’est facile : il suffit de mélanger les images et de massacrer la syntaxe… ça je sais faire. Je me lance : « le mundial avance à grands pas, mais les français y vont à reculons », « isolé dans son fort intérieur, Raï a vu débouler la cavalerie en la personne de son soutien tactique », « c’est un match dont la troisième mi-temps se souviendra », « ah la belle action que Ronaldo a servie du plat du pied », « ah là là la France n’est pas à la fête ».
Bon, à part deux ou trois détails (pourquoi un joueur est-il « hors-jeu » alors qu’il est encore sur le terrain ? pourquoi on ne donne jamais le nom de l’équipe du joueur en noir qui joue tout seul ? est-ce que les « arrêts de jeu » c’est comme la prison au Monopoly ?), je crois que j’ai assez bien tout compris du fouchte.
Il paraît que je ne crie pas et que je ne tombe pas à genoux devant ma télé en gueulant « ouaaaaaais ! » au bon moment (« mais non, là c’est la pub… »), mais je sens que ça va venir. Juste un problème de rodage : je débute, moi, dans le fouchte !

