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Le football féminin et ses règles

par ARNO*
mise en ligne : 7 mai 1998
 

Oui, c’est une vanne de Les Nuls.

Sans me vanter, le fouch­te­baule, je crois en avoir assez bien compris le principe. J’ai regardé deux matchs à la télé pour vous (parce que si ç’avait été pour moi, je me serais abstenu). Et il ne m’en a pas fallu plus pour tout com­prendre. Je me permets donc de vous expliquer tout ça, his­toire que vous n’ayez pas l’air tota­lement débiles lors du Mundial de bientôt.

La pre­mière notion à bien maî­triser, c’est le système de notation. À l’instar du patinage artis­tique, le fouch­te­baule est un sport qui se note. Un certain nombre de juges s’installent dans la tribune pré­si­den­tielle et, à la fin du match, mettent une note de 0 à 6, avec une décimale. J’ai compris ça après France-​​Suède : j’ai per­son­nel­lement trouvé cela très chiant, ce que mon jeune frère, éminent expert ès crampons, m’a confirmé, « c’était un match nul ». Tel­lement nul que la note finale en fut 0,0. Brésil-​​Argentine ne valait guère mieux, puisque les juges lui ont mis 1,0.

Sur le terrain, trois équipes coor­donnent leurs mou­ve­ments pour tenter, ensemble, d’obtenir la meilleure note (ainsi le fouch­te­baule se rap­proche plus de la natation syn­chro­nisée que du patinage artis­tique). Il y a deux équipes de onze joueurs, aux rôles assez équi­va­lents (ce qui fait qu’on peut, si l’on n’est pas assez nom­breux, se passer d’une des équipes de onze). La troi­sième équipe est facile à iden­tifier : elle s’habille en noir et est constituée d’un seul jour, muni d’un sifflet. Comme pour l’aviron, le type au sifflet donne le rythme aux autres.

Il y a aussi, et ça m’a l’air important, un ballon : ainsi le fouch­te­baule se rapproche-​​t-​​il de la Gym­nas­tique Ryth­mique et Sportive. Mais comme il n’y a qu’un ballon pour 23 joueurs, et que donc en per­ma­nence la plupart des joueurs jouent sans ballon, je suppose que, si l’on manque de moyens, on peut jouer très bien sans ballon. En revanche, sans sifflet, c’est impos­sible.

Main­tenant que l’organisation générale du fouch­te­baule est acquise, voyons les dif­fé­rentes phases du jeu…

Le « dri­beule » (le crétin à la télé pro­nonçait « dribble », comme Mit­terand disait « Aple » au lieu d’« Apeule ») est l’aspect le plus tribal du fouch­te­baule : deux joueurs dancent autour du ballon, puis se roulent par terre en poussant de grands cris et en se tenant les genoux. C’est assez rigolo.

Parfois il y a « touche », ce qui signifie qu’on a le droit de toucher le ballon avec les mains. Ça, j’ai mal compris, mais il semble qu’on n’ait pas le droit de jouer avec les mains. Mais ce n’est pas sûr, vu que plu­sieurs joueurs ont de gros gants, comme au base-​​ball.

Un autre truc très rigolo : l’« accélération ». Ça res­semble au dri­beule, sauf qu’à la place de danser autour du ballon, les deux joueurs courent en ligne droite. Ensuite, c’est pareil, ils se roulent par terre en criant et en se tenant les genoux.

Le « tacle » (et non, comme on pourrait le croire, « tacueule ») est un geste qui demande beaucoup de coor­di­nation. Un premier joueur se jette au sol (mais ne crie pas) et, seulement ensuite, un second joueur lui tombe dessus en hurlant et en se tenant, au choix, les mollets ou les couilles. Le premier se relève alors et fait de grands gestes signi­fiant « c’est pas moi, c’est pas moi ». Là, le type qui est tout seul dans son équipe se met en face du premier et lui montre un bout de papier de couleur (j’ai bien regardé, il n’y a aucun rapport entre la couleur du papier et la couleur du joueur). C’est semble-​​t-​​il un moment très émouvant. Le type de la télé, déci­dément pas très au courant, a commenté : « ça, on ne peut pas dire que Rous­kaïev a joué le ballon » ; c’est idiot, si le but du fouch­te­baule était de jouer au ballon, ça n’aurait aucun intérêt.

Immé­dia­tement après le « tacle », il y a le « coup franc ». C’est assez rare, parce que la plupart du temps, au fouchte, on pra­tique plutôt le « coup en traître » (c’est pour ça que les joueurs sont tou­jours blessés au niveau de là où je pense).

De temps en temps, il y a « but ». Ça s’appelle comme ça parce que c’est le but du jeu. Plus il y a de buts, et plus la note à la fin du match est élevée. C’est un truc assez étonnant. Tous les joueurs d’une équipe se roulent par terre en se tenant la tête, et ceux de l’autre équipe forment un gros tas et se mettent à faire l’amour entre eux. J’ai bien regardé : ils font sem­blant. N’empêche que je ne suis pas certain que ce soient des choses à montrer aux enfants. Heu­reu­sement ça ne dure pas très long­temps, parce que le joueur de l’équipe noir (qui s’ennuie tout seul) vient leur dire que bon, ça va bien cinq minutes, mais ils se ter­mi­neront dans les ves­tiaires.

À la fin, il y a cette partie du match que je n’ai pas bien saisie : les « inter­views dans les ves­tiaires ». Les joueurs enlèvent leurs maillots, ce qui rend dif­ficile la com­pré­hension du jeu, vu qu’on ne sait plus dans quelle équipe ils jouent. Là on nous montre plein d’hommes tous nus qui prennent leur douche ensemble. J’ignore com­plè­tement à quoi sert cette phase du jeu, ni si le maniement de la savon­nette influe sur la note que l’on attribue à la partie.

Mais tout cela est acces­soire : l’intérêt du fouch­te­baule, ce n’est pas de le regarder, c’est de le com­menter. C’est facile : il suffit de mélanger les images et de mas­sacrer la syntaxe… ça je sais faire. Je me lance : « le mundial avance à grands pas, mais les français y vont à reculons », « isolé dans son fort inté­rieur, Raï a vu débouler la cava­lerie en la per­sonne de son soutien tac­tique », « c’est un match dont la troi­sième mi-​​temps se sou­viendra », « ah la belle action que Ronaldo a servie du plat du pied », « ah là là la France n’est pas à la fête ».

Bon, à part deux ou trois détails (pourquoi un joueur est-​​il « hors-​​jeu » alors qu’il est encore sur le terrain ? pourquoi on ne donne jamais le nom de l’équipe du joueur en noir qui joue tout seul ? est-​​ce que les « arrêts de jeu » c’est comme la prison au Monopoly ?), je crois que j’ai assez bien tout compris du fouchte.

Il paraît que je ne crie pas et que je ne tombe pas à genoux devant ma télé en gueulant « ouaaaaaais ! » au bon moment (« mais non, là c’est la pub… »), mais je sens que ça va venir. Juste un pro­blème de rodage : je débute, moi, dans le fouchte !

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