Quelques éléments récapitulatifs concernant la soudaine activité terroriste de l’Association des Zozos Folkloriques (AZF) juste avant les élections régionales… Disclaimer : Tout rapport avec l’actualité serait une fortuité abracadabrandesque.
— 28 août 1982, alors que la France est encore sous le coup de l’attentat de la rue des Rosiers, un communiqué de l’Elysée fait savoir que « des arrestations jugées importantes ont été opérées dans les milieux du terrorisme international ». Les terroristes en question sont trois Irlandais installés à Vincennes : Michael Plunkett, Stephen King et Mary Reid. Affaire montée de toutes pièces.
— 10 juillet 1985. Le navire du groupe écologiste Greenpeace, le Rainbow Warrior, explose dans le port d’Auckland. On découvre rapidement que les terroristes appartiennent aux services secrets français.
— 5 mai 1988. Les trois derniers otages français du Liban, Jean Paul Kauffmann, Marcel Carton et Marcel Fontaine, libérés la veille à Beyrouth après trois ans de captivité, arrivent à l’aéroport de Villacoublay où ils sont accueillis par Jacques Chirac et Charles Pasqua. Magouilles et nucléaire.
— 5 mai 1988. L’« Opération Victor », assaut de la grotte de Gossanah (Ouvéa, Nouvelle-Calédonie) par des commandos spéciaux de l’armée tourne au massacre : dix-neuf morts du côté indépendantiste, deux militaires tués. Les gendarmes retenus en otage sont libérés.
— 10 mai 1988. Malgré ces spectaculaires victoires du gouvernement français dans la lutte contre le terrorisme, le Premier ministre Jacques Chirac ne remporte pas l’élection présidentielle.
— 1999-2001. Processus de Matignon sur le statut de la Corse. Selon Guy Benhamou, « Le gouvernement Jospin était prêt à tout pour avoir la paix sociale avant les élections, mais visiblement cela ne va pas se faire, parce l’édifice alambiqué s’effrite chaque jour davantage. » Pour l’Express, « Le président cherche le meilleur moyen d’exploiter le dossier contre Lionel Jospin ».
— 26 juillet 2001. Alors que la grande affaire contre le terrorisme corse est la traque d’Yvan Colonna, Michel Debacq, chef de la section antiterroriste au parquet de Paris, alerte la chancellerie sur la grande misère de la Division nationale antiterroriste (DNAT) de la Police judiciaire. Il indique notamment que : « pour la section de répression du terrorisme interne, il est notoire que les personnels intervenant en Corse ou au Pays Basque sont insuffisants. »
— Juillet 2003. Yvan Colonna est arrêté à temps pour le journal télévisé, à la fin du procès de ses complices, et 36 heures avant le référendum sur le statut de la Corse. Défaite du « oui » spectaculairement soutenu par le ministre de l’Intérieur.
— Octobre 2001. Sur la foi d’un rapport d’enquête des Renseignements généraux, le Figaro prétend que l’explosion de l’usine AZF est un acte du terrorisme islamiste, et désigne un coupable idéal, un ouvrier tunisien mort dans l’explosion. Le quotidien (ainsi que Valeurs actuelles) est condamné pour diffamation.
— Décembre 2002. Abderazak Besseghir, un bagagiste de l’aéroport de Roissy est arrêté en possession d’armes et d’un engin explosif dans sa voiture. Il a été dénoncé par un témoin qui passait là « par hasard ». Il s’avérera qu’il s’agissait d’un coup monté par sa belle famille qui l’accuse de la mort de leur fille.
— 17 mars 2003. Des traces de ricine découvertes dans une consigne de la gare de Lyon à Paris. Un mois plus tard, on apprend que les flacons de la gare de Lyon ne contenaient pas de ricine : il s’agissait d’un mélange de farine de germe de blé et d’orge moulu, d’eau, d’éthanol et d’acétone. Le Réseau Voltaire remarque que : « Ces deux affaires ont des caractéristiques similaires : (1) Elles sont des mises en scène par les médias de faits divers comme de graves affaires de terrorisme. (2) L’angle sous lequel elles sont traitées vient à chaque fois d’une fuite au sein d’un service de l’État. »
— 21 mai 2003. Les séances publiques du projet de loi « portant adaptation de la justice aux évolutions de la criminalité » (dite loi Perben) débutent.
— 2 mars 2004. Michel Debacq est démis de ses fonctions. Selon Libération, des sources judiciaires expliquent qu’il a été démis de ses fonctions « pour ne pas avoir fait remonter à temps une affaire en cours ». Dans un autre article, Michel Debacq est présenté ainsi : « L’homme, souvent rugueux, est pourtant de l’avis de tous “extrêmement compétent, un des meilleurs professionnels en la matière même, qui pendant vingt ans a combattu la grande criminalité. Pendant un temps, Yves Bot a eu besoin de lui mais depuis quelque temps il lui cherchait des ennuis. Il aurait au moins pu négocier son départ proprement”, s’indigne un de ses collègues. Un autre ose le jeu de mots : “La vérité, c’est que Bot veut tout contrôler et qu’il veut le remplacer par quelqu’un qui soit à sa botte”. Hier, le parquet de Paris ne donnait, sur ce renvoi, aucune explication. » Yves Bot, ancien procureur de Nanterre, a été nommé Procureur de Paris en octobre 2002 ; pour lui, les juridictions de droit commun sont « incompétentes » pour juger un président en exercice car cela reviendrait à instituer « un mode de contrôle du pouvoir exécutif par l’autorité judiciaire » ; puis Yves Bot défend la loi Perben II ; quand à l’affaire Juppé, « Cette affaire rejoint selon lui le problème, “plus large, des rapports souvent conflictuels qui existent entre la justice et le monde politique”. »
— 3 mars 2004. L’affaire que Michel Debacq n’a pas « fait remonter à temps » (trois possibilités : (a) l’homme « extrêmement compétent » n’a pas vu passer cette affaire importante, (b) il ne l’a pas jugée importante, © il n’y a pas d’affaire de terrorisme) fait la Une des médias. Un groupe terroriste aux méthodes spéctaculairement débiles menace de faire sauter des trains. Le groupe recycle le discours alter-mondialiste avec un manque évident de talent (« Mon gros doudou, le renard est libre dans le poulailler et c’est pas bien. Signé Ta Caro qui t’aime. ») Pour réclamer une rançon ridicule en dollars et en euros, le groupe terroriste fait passer des petites annonces dans Libération. Pour décrire où et comment déposer la rançon, cela donne des explications détaillées du genre « Mon gros minou, dépose mon porte-feuille près de mon écharpe verte. Signé Ton Arno qui t’adore. » ; évidemment, la remise de la rançon foire.
— 4 mars 2004. On apprend que, si l’affaire était annoncée à la presse, le groupe « se réserve la possibilité de
garder le silence pendant deux à trois semaines » ; le groupe terroriste s’engage donc à ne pas perturber les élections régionales de dans trois semaines. Le gouvernement envoie immédiatement à tous les journalistes de la planète une note les informant qu’il existe un groupe terroriste dangereux actuellement en France (« mais ne le dites à personne »). Le Figaro (qui doit trouver sympa de ne plus être le seul journal à lier « AZF » et « terrorisme ») nous explique ce qu’il faut comprendre : « Devoir de chacun et force de la collectivité : l’affaire vient rappeler que l’époque ne peut s’exonérer de l’État. D’un État fort. Aux moyens à la mesure des menaces. C’est-à-dire puissant mais sophistiqué, important mais mobile, réactif mais discret. Et aussi respecté. »
— Octobre 2003. Les très motivés militants gauchistes toulousains Zebda annoncent qu’ils mettent le groupe « entre parenthèses ». À cette occasion, le parolier et chanteur du groupe Magyd Cherfi annonce qu’il a « un besoin de faire une pause pour porter une parole plus individualisée, pour mener à bien des projets personnels qui nous tiennent à coeur », projets qu’ils définit comme nettement plus radicaux : « il y a une certaine usure due à cette mécanique du compromis systématique ». À ce jour, le groupe Zebda n’a toujours pas condamné publiquement les actions des terroristes de l’AZF. Pas plus, notons-le, qu’aucun autre représentant de la mouvance alter-mondialiste.
— 4 mars 2004. En pleine affaire « AZF », le parrain de la scène politico-culturelle de Tooloose mon païs, Claude Nougaro, est retrouvé mort. Le commandant Ahmad Shah Massoud avait été assassiné deux jours avant les attentats du 11 septembre.







