NETSCAPE travaille sur notre futur (meilleur, puisque c’est le futur). Grâce à sa nouvelle division de recherche, Navio, la domotique de demain ne sera plus constituée de stupides appareils indépendants, passifs et incompatibles (je vous l’apprends sûrement, votre téléphone n’est pas compatible avec votre four à micro-onde), mais constituera un ensemble cohérent, intelligent, ouvert sur le monde. Oui, votre presse-purée sera ouvert sur le monde ! Vos chiottes chimiques seront connectées au Web, votre machine à cire épilatoire participera d’une entité globale et planétaire, votre sèche-cheveux sera connecté à Gaïa, la forme ultime des connaissances et intelligences individuelles enfin mises en commun en temps réel.
On peut, bien sûr, s’interroger sur la faisabilité technique et économique d’un tel projet (tes chiottes, elles sont sous MacOS ou sous Windows, ta télé, elle est compatible Java ?). Surtout, il convient de s’inquiéter des dangers qu’il représente. Dans un édito précédent (Le commerce en a rêvé, Internet l’a fait), j’évoquais les terrifiantes dérives du paiement sécurisé.
Car l’interactivité du Net est à double sens : lorsque vous récupérez une information, il est possible de savoir que vous l’avez récupérée, surtout si elle est vendue. Et n’allez pas croire que les services offert pour votre domotique seront gratuits : des recettes de cuisine pour votre micro-onde, ce sera sur abonnement et/ou à l’acte, une messagerie sur votre téléphone, pareil…
Pour chacune des actions de votre vie quotidienne, une petite ligne de code sera mémorisée chez les fournisseurs de services. Au-delà de vos opinions politiques et de vos préférences culturelles (voir l’article indiqué précédemment), c’est carrément toute votre vie qui pourra être connue, disséquée, analysée, listée, base-de-donnée, vendue (ben oui, vendue !).
Vous allez me dire que je retarde d’une version beta de Netscape : votre carte bleue permet déjà de reconstituer votre emploi du temps ! Petit frisson dans le dos, on joue à se faire peur… Et ne pas se connecter ne sera pas une solution : désormais il est possible d’identifier un visage sur une image vidéo (sous certaines conditions certes), il faudra aussi éviter les caméras de surveillance dans la rue, les magasins, les parkings…
Si vous pensez que 1984, c’était il y a 12 ans, sachez que c’est pour dans pas longtemps.
Bonne journée, et Netscape chez vous !

