Le Scarabée
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Petite chronique du fascisme ordinaire

par ARNO*
mise en ligne : 4 décembre 1998
 

Pendant un an, cette petite chro­nique a relevé dans la presse les dérives ver­bales et les agres­sions phy­siques repré­sen­ta­tives de la vio­lence fas­ciste en France. Son but n’était pas d’expliquer ou de com­menter, mais sim­plement de pré­lever dans les journaux les brèves liées à la gan­grène brune.

J’interromps cette énumé­ration, car elle devient ter­ri­blement répé­titive (hauts magis­trats aux propos anti­sé­mites, crimes racistes, amal­games média­tiques, géné­ra­li­sation d’arguments xéno­phobes et déma­go­giques…). En un an, cette chro­nique n’a pas été exhaustive ; mais elle suffit déjà à donner la nausée.

Les évènements sont rapportés en fonction de leur passage dans les médias.

6 août 1998

Le journal National Hebdo, proche du Front national, demande l’organisation de « rafles » et de « camps de concen­tration » pour les sans-​​papiers, en vue de leur « expulsion immé­diate ». Le directeur de l’hebdomadaire, Martin Peltier, pré­conise le retrait de la natio­nalité fran­çaise pour ceux qui plaident pour la régu­la­ri­sation des clan­destins, leur « ban­nis­sement » ou leur com­pa­rution devant la « Haute Cour », au motif que « la tra­hison, ça se punit ».

février 1998

Les évêques de France, au travers de l’association « Croyances et libertés », ont assigné Volks­wagen et l’agence publi­ci­taire DDB, auteur de la la cam­pagne sur la nou­velle Golf, devant le tri­bunal de grande ins­tance de Paris. Le procès aura lieu le 25 février à 13H30. La cam­pagne d’affichage parodie plu­sieurs scènes ins­pirées des Evan­giles, notamment la Cène. L’annonceur a déjà décidé la sus­pension de la campagne.

Bien que niant toute ten­tative de censure, les évêques réclament 3 MF de dom­mages et intérêts et la publi­cation du jugement dans cinq quotidiens.

Créée en février 1997, l’association « Croyances et libertés » est l’arme dont s’est dotée l’Eglise de France pour pour­suivre devant les tri­bunaux toutes les atteintes à la foi et aux ins­ti­tu­tions catho­liques. Elle est déjà res­pon­sable du retrait de l’affiche du film de Milos Forman « Larry Flynt », qui cho­quait les mou­ve­ments catho­liques intégristes.

26 janvier 1998

L’association AGRIF (Alliance Générale contre le Racisme et pour le respect de l’Identité Fran­çaise), dirigée par Bernard Antony (membre du bureau poli­tique du Front national et inté­griste catho­lique), poursuit Hard-​​Rock Magazine pour avoir dis­tribué avec son numéro de décembre 96 une com­pi­lation CD com­prenant notamment les groupes Oneyed Jack et Eros Necrop­sique, accusés d’injures anti­fran­çaises et d’envolées blasphématoires.

Verdict de la pré­si­dente de la 17e chambre cor­rec­tion­nelle du tri­bunal de Paris, Mme Ract-​​Madoux : un franc sym­bo­lique de dommages-​​intérêts pour les paroles d’Eros Necrop­sique (« Assas­sinons ce soir le grand inquisiteur/​Qui au nom de l’amour tua les mar­ginaux »), paroles qui selon elle, « dépassent le cadre admis­sible de l’exercice poé­tique pro­vo­cateur ou de la dérision appliquée à des ins­ti­tu­tions ou des pra­tiques religieuses ».

Après s’être attaquée à des artistes (Marek Halter, Mocky, Godard…), à des journaux (VSD, Charlie Hebdo, etc.) et à des asso­cia­tions anti-​​racistes, l’association AGRIF voit donc son action de pro­pa­gande fron­tiste sou­tenue par les tribunaux.

décembre 1997

Le RPR (Ras­sem­blement Pour la Répu­blique) lance une pétition inti­tulée « Pétition pour le refus du droit à immigrer ».

29 novembre 1997

Jugement des cinq jeunes adultes accusés du meurtre d’Idrissa Diarra, un Malien de 42 ans (deux mineurs avaient déjà été jugés par le tri­bunal pour enfants de Paris). En juillet 1994, après un concert au Gibus, près de la place de la Répu­blique (Paris), le groupe avait décidé de « se payer un Noir ou un Arabe », « la racaille HLM », de faire « une ratonnade ». Ren­con­trant Idrissa Diarra, qui dormait sur un banc près du canal Saint-​​Martin, ils simulent un premier lan­cement à l’eau. Celui-​​ci explique qu’il ne sait pas nager. La seconde fois, l’homme est réel­lement jeté à l’eau… il y meurt noyé.

Douze ans de réclusion cri­mi­nelle pour Chun Cheng, James Leclerc et Johann Tatard. Trois ans de prison avec sursis pour Sté­phane Groise. Acquit­tement pour le dernier.

25 novembre 1997

Le gen­darme qui avait tué d’une balle dans la nuque Franck Moret, un auto­mo­bi­liste fuyant un contrôle de gen­dar­merie, le 25 juillet 1993 dans la Drôme, a été relaxé par le tri­bunal cor­rec­tionnel de Valence. Lors du procès, le 23 sep­tembre, le pro­cureur avait requis « une forte peine d’emprisonnement avec sursis » contre le gen­darme Christian Grivet-​​Branco.

6 octobre 97

Deux jours après le concert de soutien (Noir Désir, Thugs, Miossec, Burning Heads, Mas­silia Sound System…) au café-​​musique Le Sous-​​Marin de Vitrolles, la muni­ci­palité Front national a fait murer la porte de l’établissement de l’intérieur et demonter l’enseigne. Un arrêté muni­cipal en date du 3 octobre pro­nonçait la fer­meture pour « raison de sécurité » et rési­liait la convention liant l’association cultu­relle à la municipalité.

Déjà, le 19 juin, la ville sup­primait sa sub­vention de 200 000 francs. Depuis, Le Sous-​​Marin avait reçu le support du ministère de la Culture et du conseil général des Bouches-​​du-​​Rhône, qui pré­voyaient de combler le trou créé par la sup­pression de la sub­vention municipale.

septembre 97

Jean-​​Pierre Lecoq, maire RPR du 6e arron­dis­sement de Paris, signe l’édito de « Notre 6e », le mensuel muni­cipal. Il y dénonce « Le gou­ver­nement des mino­rités » (titre de son article) : « Dès la fin du mois de juin, les prio­rités du Gou­ver­nement Jospin étaient connues : les homo­sexuels, les immigrés et les archéo-​​écologistes. En revanche, les familles et la Défense Nationale qui condi­tionnent la pérennité et l’identité de la nation fran­çaise savent à quoi s’en tenir. Elles subiront la rigueur bud­gé­taire et la mou­li­nette fiscale de l’arrogante et péremp­toire Martine Aubry. »

Plus loin : « Le gou­ver­nement Jospin est aujourd’hui l’otage des asso­cia­tions et grou­pus­cules trots­kistes et gau­chistes ou des élus écolo­gistes et com­mu­nistes sans les­quels il n’aurait pas la majorité. Après le fameux contrat d’union civile, dont cer­taines asso­cia­tions sou­hai­te­raient qu’il per­mette aux couples homo­sexuels ou les­biens d’adopter des enfants, la régu­la­ri­sation promise aux immigrés sans papiers démontre tout à la fois l’ingénuité et le machia­vé­lisme de ce pouvoir. »

L’édito est com­plété par un nota bene édifiant de la part d’un élu répu­blicain : « Par­ti­cipant à dif­fé­rentes mani­fes­ta­tions des JMJ, j’ai pu mesurer le calme, la gen­tillesse et la droiture de cette jeu­nesse exem­plaire. Quel contraste sai­sissant avec le défilé de l’EUROPRIDE, à la tête duquel plu­sieurs Ministres s’étaient affichés… »

septembre 97

Le journal « Charlie Hebdo » affirme que 15000 femmes han­di­capées vivant actuel­lement dans des ins­ti­tu­tions spé­cia­lisées en France ont été sté­ri­lisées de force, en toute illégalité.

Nicole Die­derich, auteur de « Les nau­fragés de l’intelligence » (éd. Syros, 1990), indique (au sujet de ces sté­ri­li­sa­tions forcées) : « Aujourd’hui, même le Comité national d’éthique le reconnaît. D’ailleurs, cette pra­tique est devenue plus fré­quente au cours des vingt der­nières années […] Les ins­ti­tu­tions spé­cia­lisées ou les parents [sont res­pon­sables]. Ce sont eux qui demandent à faire sté­ri­liser les filles, en déclarant qu’elles sont inca­pables d’élever des enfants. Or il s’agit souvent de jeunes femmes qui ont sim­plement des pro­blèmes sociaux ou affectifs ayant entraîné un échec sco­laire. Je connais même le cas d’une ado­les­cente qui a été sté­ri­lisée après avoir été violée par son père. Une autre a été sté­ri­lisée à la demande de sa mère, alors qu’elle était sim­plement sourde et muette ».

septembre 1997

Le journal le « Réverbère », vendu dans la rue par les SDF, reproduit dans son numéro 115 un texte inspiré d’un tract publié par « La Vieille Taupe », librairie néga­tion­niste. Il s’agit d’une défense de Bri­gitte Bardot, « traînée devant les tri­bunaux ». Y sont évoqués le « lobby sio­niste », le « triomphe de l’inquisition judaïque » ou encore la « Pax Judaica qui doit régner sur le monde entier ».

Le « Canard enchaîné » rap­pelle qu’il ne s’agit pas d’un dérapage isolé, mais que le « Réverbère » est cou­tumier du fait. En novembre 93, on pouvait y lire : « Les Français désertent l’Algérie. En signe de repré­saille, pourquoi les Algé­riens ne déser­te­raient pas la France ? ». En mars 96 : « Où est l’indépendance de la justice ? Il serait inté­ressant de savoir quel est le pour­centage d’implication des maçons et des Juifs direc­tement dans la politique ».

Le « Canard » voit dans la répé­tition de ce genre de propos une entre­prise délibérée.

août 1997

[Note du Réseau Vol­taire] L’association « Pro­mouvoir » a adressé une lettre à chaque député pour le sommer de s’opposer au vote de la pro­po­sition de loi de « Contrat d’union civile » annoncée par le garde des Sceaux, Élisabeth Guigou. Cette lettre s’accompagnait d’une note inti­tulée « Euro­pride : un danger par­ti­cu­liè­rement grave », amal­gamant pédo­philie et homosexualité.

[Fondée en août 1996 à Car­pentras, cette asso­ciation a pour buts « la pro­motion des valeurs judéo-​​chrétiennes dans la vie sociale », ce qui com­prend expli­ci­tement, d’après ses statuts, la lutte contre l’homosexualité et la por­no­graphie. Elle est pré­sidée par André Bonnet.]

mai 1997

Direc­trice de la salle muni­cipale « Les lumières » de Vitrolles, Régine Juin avait pro­grammé une série de 10 courts-​​métrages inti­tulée « L’Amour est à réin­venter, dix his­toires d’amour au temps du sida ». Thèmes abordés : le sida, la séro­po­si­tivité, l’homosexualité.

La mairie de Catherine Mégret exige l’annulation des pro­jec­tions. Mme Juin refuse de déprogrammer.

Depuis, Régine Juin a été licenciée pour « refus d’obtempérer ». Le film (béné­fi­ciant d’un visa d’exploitation « tous publics » à l’exception d’un des courts métrages, interdit aux moins de douze ans) était pourtant déjà passé sur Arte, Canal + et dans 48 villes.

10 février 1996

Robert Pan­draud, député RPR de Seine-​​Saint-​​Denis, déclarait lors de la 6ème convention nationale du Mou­vement Ini­tiative et Liberté :

« En deux sep­tennats, la France est devenue un chaudron de races, de cultures, de reli­gions, de géné­ra­tions variées et diverses. Une chatte n’y retrou­verait pas ses petits. Les Français, privés de repères, ne se sentent plus chez eux : ils ont perdu leurs marques. »

[…]

« L’identité franco-​​française est en train de s’effilocher au gré des vagues déme­surées d’immigration. »

Tou­jours au sujet de cette « identité franco-​​française », il utilise également la formule : « socle franco-​​gaulois » et semble ne pas apprécier les « ensei­gnants encore imbibés d’une men­talité soixante-​​huitarde ».

Ou encore : « Cette attitude fri­leuse ou veule, l’indifférence gênée qu’on peut observer chez nos com­pa­triotes quand quelqu’un d’autre est agressé s’apparentent tout de même à un certain ava­chis­sement de notre race. »

Fort de ces prin­cipes, Robert Pan­draud, élu grâce au soutien officiel du FN, dînait fin juin 1997 avec Jean-​​Marie Le Pen. « Je n’ai jamais été par­tisan d’une alliance avec le Front national », expliquait-​​il le lendemain.

30 mai 1997

Vers 10h30, Jean-​​Marie Le Pen, venu sou­tenir sa fille Marie-​​Caroline à Mantes-​​la-​​Jolie (hui­tième cir­cons­cription des Yve­lines), se heurte à des oppo­sants au Front national. Bon­dissant de sa voiture, il agresse Annette Peulvas-​​Bergeal (can­didate socia­liste). Il la pousse contre un mur et tente de lui arracher son bandeau tri­colore. Deux poli­ciers des ren­sei­gne­ments généraux s’interposent pour pro­téger l’élue. Choquée, celle-​​ci est évacuée : le médecin diag­nos­tique des coups au thorax, plu­sieurs dizaines de grif­fures sur la poi­trine et une blessure à la jambe (3 jours d’arrêt de travail).

Tou­jours entouré de son service d’ordre (le DPS - dépar­tement pro­tection sécurité), Jean-​​Marie Le Pen remonte l’une des prin­ci­pales rues de la ville. Malgré l’intervention de poli­ciers casqués, quelques affron­te­ments entre membres du FN et oppo­sants ont encore lieu.

Le Front national s’estime agressé et porte plainte contre le sous-​​préfet de Mantes-​​la-​​Jolie, lui repro­chant de confirmer la version des faits de la can­didate socia­liste. Celle-​​ci a pour sa part porté plainte contre Jean-​​Marie Le Pen pour « vio­lences volontaires ».

mai 1997

Le can­didat UDF Max Guyon (pour la sep­tième cir­cons­cription de Seine-​​Saint-​​Denis) propose sur ses tracts : des « ins­truc­teurs de l’armée dans les lycées à pro­blèmes », « la cas­tration défi­nitive, chi­rur­gicale des vio­leurs et assassins d’enfants », « des bri­gades civiles pour le contrôle de la popu­lation délinquante ».

mai 1997

Le Front national pré­sente son can­didat dans une cir­cons­cription de Mar­seille pour les élec­tions légis­la­tives : Jean-​​Jacques Susini. L’homme fut condamné deux fois à mort par contumace : une pre­mière fois pour son action poli­tique à la tête de l’OAS, puis pour sa par­ti­ci­pation à l’attentat qui faillit coûter la vie au général de Gaulle, au Mémorial du mont Faron, à Toulon, en 1964.

Il fut trois fois amnistié (de ces deux condam­na­tions et d’une accu­sation d’enlèvement et d’assassinat).

avril 1997

Jean-​​Marie Le Pen déclare au journal amé­ricain New Yorker : « Les chambres à gaz n’ont rien à voir avec l’antisémistisme. […] [C’est] un détail de l’histoire de la Deuxième Guerre mondial. ». Il ajoute : « Si vous prenez un livre de mille pages sur la Deuxième Guerre mon­diale, vous aurez quatre pages sur la dépor­tation et, dans ces quatre pages, six lignes sur les chambres à gaz ».

avril 1997

Vincent Rey­nouard, pro­fesseur de mathé­ma­tiques à Hon­fleur (Cal­vados), âgé de 27 ans, a été révoqué par le ministre de l’Education nationale. Il avait, à titre pro­vi­soire, été sus­pendu par le rec­torat dès le 20 décembre. Il lui est reproché d’avoir stocké des docu­ments niant l’holocauste juif dans l’ordinateur de l’établissement.

15 avril 1997

Deux res­pon­sables lyonnais du Front national, Denis de Bou­teiller, secré­taire de la fédé­ration du Rhône, conseiller régional, et Phi­lippe Dumez, conseiller muni­cipal de Lyon, sont condamnés à trois mois de prison avec sursis, à 5000 francs d’amende et à l’interdiction d’exercer une fonction publique pendant un an.

En novembre 1996, un com­mando d’une tren­taine de membres du Front national avaient vio­lemment inter­rompu une repré­sen­tation de théatre, Oncle Vania, où Michel Noir, ancien maire de Lyon, inter­prétait un rôle.

Trois autres mili­tants du FN, dont une ins­ti­tu­trice, Liliane Boury, ont été condamnés à trois mois de prison avec sursis et 2000 francs d’amende, en plus du franc symbolique.

Le pré­sident du tri­bunal, Georges Cathelin, estime que « les libertés d’expression, du travail, d’association, de réunion et de mani­fes­tation, régu­liè­rement mal­menées, doivent être pro­tégées dans une démo­cratie qui se fra­gilise en ce siècle finissant ». Il ajoute : « il n’est pas accep­table que des élus du Front national, qui se veut un parti res­pec­table, portent une telle atteinte à une liberté fon­da­mentale, et cela dans un action de commando ».

30 mars 1997

Claude Jaffrès, 55 ans, conseiller régional FN d’Auvergne, et 3 membres de la direction pro­tection et sécurité (DPS, le service-d’ordre/milice du FN), sont pour­suivis pour « arres­tation illégale et usur­pation de fonction d’officier de police judiciaire ».

En effet, dans la nuit de samedi à dimanche, sur le parking de l’hôtel Village à Ostwald (à 10 km de Stras­bourg), ils ont arrêté, plaqué contre leur voiture et fouillé deux jeunes, en se faisant passer pour des policiers.

29 mars 1997

A la tribune du congrès du Front national à Stras­bourg, Roger Holeindre, pré­sident du Centre national des com­bat­tants (ancien para, nommé par Le Pen vice-​​président du FN), à propos des mani­fes­tants anti-​​FN : « Nous sommes contre ces voyous-​​là et nous les met­trons au pas si demain nous avons le pouvoir […]. Demain, ils auront à pleurer des larmes de sang ».

février 1997

Dif­fusion d’un tract du syn­dicat SOLI­DARITE POLICE, intitulé « Rétablir la peine de mort ».

On peut y lire : « L’abolition de la peine de mort n’a profité qu’aux tueurs, alors, devant cette évidence, qu’attendons-nous pour la rétablir ? Pourquoi avoir aboli la peine capitale contre la volonté popu­laire ? Ce favo­ri­tisme au bénéfice du mal absolu est immoral et anti-​​démocratique. »

Ou encore : « L’abolition de la peine de mort a pro­voqué une aug­men­tation plus qu’inquiétante des crimes et ceux qui pré­tendent le contraire sont des imbé­ciles ou des men­teurs, ou les deux à la fois. »

On appré­ciera : « Laisser le crime impuni est une méthode ter­ro­riste employée contre ceux qui veulent résister à l’oppression et à l’injustice. Les seuls bons bandits sont les bandits morts. Pour nous, les femmes et les hommes dignes de ce nom sont les hon­nêtes gens. »

1er mars 1997

Com­mando anti-​​IVG organisé par SOS Tout-​​petits à la cli­nique Isis du XIIIe arron­dis­sement à Paris. A la tête du com­mando, Xavier Dor.

Ces acti­vistes anti-​​IVG, proches du FN, annoncent un chiffre de 2 mil­liards d’enfants tués chaque année en France (aux 160000 avor­te­ments offi­ciels, ils ajoutent les « vic­times » de la pilule et du sté­rilet) : « Un minimum. Hitler et Staline, ce n’est rien à côté ».

Slogan crié lors du com­mando : « Cri­mi­nelles, tueuses ! Allez avorter toutes ensemble. Vous savez ce que tuer signifie. A Nuremberg, ils n’ont pas fait pire que vous ! ».

20 février 1997

Un tract dis­tribué au cours d’un meeting du FN menace de mort Mouloud Aounit, secré­taire général du MRAP. Tract diffusé également à l’université de Paris-​​VIII et à la librairie révi­sion­niste l’AEncre, et qui circule sur le Net.

[com­plément d’information, ajouté le 25 avril 1997] Les mots exacts du tract du Comité Franco-​​Islamique de Libé­ration (dis­po­nible sur l’Internet) sont : « Qu’Allah réserve aux musulmans qui le tra­hissent, et se sou­mettent à ceux qui s’opposent à Lui, tel Mouloud Aounit, pré­sident du Mrap, et à ceux qui usurpent la défense de l’Islam, le sort des moutons à l’Aid ».

12 mars 1997

Suite à une mani­fes­tation à Mar­seille contre le Front national, qui a dégénéré en affron­te­ments avec les forces de l’ordre, onze jeunes ont comparu devant le tri­bunal cor­rec­tionnel, pour vio­lences à agents de la force publique.

Les orga­ni­sa­teurs de la mani­fes­tation estiment que la police, qui a « utilisé des gre­nades à tir tendu, sans som­mation ni négo­ciation » et frappé « cer­tains mani­fes­tants, en par­ti­culier des jeunes », est res­pon­sable des incidents.

Un pho­to­graphe de Gamma, Gilles Fonlupt, a été blessé et ses appa­reils volon­tai­rement détruits ; il affirme que ce sont les BAC (bri­gades anti-​​criminalité) qui l’ont agressé. Il a annoncé son intention de porter plainte.

12 mars 1997

Le Mou­vement contre le racisme et pour l’amitié des peuples (MRAP) poursuit l’animateur Patrick Sébastien pour « injures publiques », suite à des propos tenus dans l’hebdomadaire Info-​​Magazine de Haute-​​Vienne, propos affirmant que « des asso­cia­tions comme le MRAP sont aussi dan­ge­reuses que le FN », ou encore : « Ce sont des extré­mistes, des gens qui prônent la haine. C’est grave ».

8 mars 1997

Des mili­tants du Front national Jeu­nesse (FNJ) ont pro­voqué des inci­dents au lycée Antonin-​​Artaud à Mar­seille. Le pro­viseur porte plainte : « Une ving­taine de jeunes du FN s’étaient regroupés devant les grilles du lycée et criaient des slogans mépri­sants à l’adresse des élèves. Cer­tains d’entre eux fai­saient le salut hitlérien. »

15 mars 1997

Entrée en vigueur d’un arrêté muni­cipal anti­men­dicité à Béziers (Hérault) inter­disant les « occu­pa­tions abu­sives et pro­longées des rues, accom­pa­gnées ou non de sol­li­ci­tation ou quête à l’égard des pas­sants » quand elles entravent la « libre cir­cu­lation » ou portent atteinte au « bon ordre » public. [Au passage, on connaissait déjà la notion d’« ordre public », il faudra désormais compter avec le « bon ordre » public.]

10 mars 1997

La pre­mière chambre civile du tri­bunal d’Evry (Essonne) interdit le Front National de la Police (FNP), syn­dicat émanant du front national au motifs que le FNP « ne peut se pré­valoir de la qualité de syn­dicat pro­fes­sionnel ». Le tri­bunal a sou­ligné un article des statuts du FNP qui indique que le pré­sident doit être informé de l’appartenance des adhé­rents à un parti. Il estime que ce syn­dicat « légitime, suscite ou encourage des dis­tinc­tions fondées sur la race » et l’origine ethnique.

28 février 1997

La cour d’appel de Paris a annulé un jugement de 1995 qui avait interdit à Jean-​​Marc Fournier d’Albertville (Savoie) de vendre des objets rap­pelant le nazisme (insignes, uni­formes, médailles…) dans son cata­logue JMF Mili­taria. La loi n’interdit pas expli­ci­tement de tels objets, et le tri­bunal affirme ainsi qu’ils ne sont pas liés à une idéologie.

6 février 1997

Contrai­rement aux affir­ma­tions des Ministres de l’Intérieur et de la Santé (selon les­quelles la France n’expulsait pas les grands malades), Ali, vivant en France depuis 23 ans et soigné à Chambéry depuis 13 ans, a été expulsé vers le Tunisie alors qu’il est malade du Sida.

Il se rend à un stage d’alphabétisation à Bourgoin-​​Jallieu (Isère) lorsque quatre poli­ciers l’interpellent… menottes dans le dos, pieds entravés et spa­radrap sur la bouche. Le Ministre de l’Intérieur exhibera plus tard un procès-​​verbal où Ali affirme vouloir retourner en Tunisie ; pourtant Ali ne sait ni lire ni écrire…

Alors que son état était sta­tion­naire en France grace à la tri­thé­rapie, son expulsion le condamne cer­tai­nement : l’interruption du trai­tement (non dis­po­nible en Tunisie) réactive en effet le virus.

21 février 1997

A Garges-​​les-​​Gonesse (Val-d’Oise), un militant com­mu­niste est arrêté avec sa com­pagne après avoir accroché une borne. Menotté et frappé par les poli­ciers, il crie : « Ce que vous faites, c’est digne du FN ». Il lui est répondu : « Jus­tement, nous sommes du FN ! ». Il réplique alors qu’il est militant com­mu­niste, et est roué de coups.

A 3h30 du matin, le couple est emmené à l’hôpital de Gonesse, on pose à l’homme des points de suture, puis tous deux sont ramenés au commissariat.

Les vio­lences reprennent : « La plupart des poli­ciers qui pas­saient devant moi me décro­chaient des coups de pied ou de poing. Il y en a qui s’amusaient à m’écraser les mains. Quelqu’un a lancé "ça tombe bien, je suis tout frais, je prends la relève". Ils m’ont traîné en cellule, m’ont retiré les menottes des pieds pour me mettre à poil, m’ont menacé de m’enculer. Ils étaient très content d’eux ».

La cal­vaire prend fin à 7 heures, avec l’arrivée de l’équipe de jour. Pour l’homme, ses contu­sions lui valent 15 jours d’arrêt de travail, et 12 pour sa compagne.

2 mars 1997

Les catho­liques inté­gristes de Saint-​​Nicolas-​​du-​​Chardonnet se sont réunis a Paris. L’abbé Laguerrie a prédit l’écroulement des Eglises de France, « à moins qu’on veuille un jour en faire des mosquées ».

On y a vu cette cari­cature : l’abbé Pierre en élève, Mgr Lus­tiger lui indique sa punition : « Vous me le copiez six mil­lions de fois ! », lui mon­trant le texte écrit au tableau : « Le diktat de Nuremberg ne contesteras ! ».

2 mars 1997

Cité dans un livre (le Roman d’un pré­sident) à paraître le 10 mars, Jean-​​Marie Le Pen déclare : « Chirac est "tenu" ! Par qui ? Par des orga­ni­sa­tions juives, notamment le fameux Bnai Brith. En accord avec elles, en échange d’énormes sommes d’argent, d’appuis inter­na­tionaux excep­tionnels, il a accepté de perdre l’élection pré­si­den­tielle de 1988 plutôt que de s’entendre avec moi ».

Il poursuit : « Long­temps, j’ai cru qu’il fallait voir dans cette haine à mon encontre l’influence de son ami d’enfance Jacques Friedmann, un juif très juif. Ce type, Friedmann, éprouve une véri­table répulsion phy­sique contre mes amis et moi-​​même. Ensuite, j’ai cru que Michèle Barzach, son amie juive, le montait contre nous. Et bien non. Il y a plus. Un vrai pacte avec ces orga­ni­sa­tions juives, in fine, lui a réussi : le voilà président ».

Plus loin il ajoute : « Ainsi, Chirac res­pecte la pro­messe faite au Bnai Brith et à toutes les autres orga­ni­sa­tions juives : ne pas remettre en cause le partage du gâteau ins­tauré à la Libé­ration. Les partis issus de la Résis­tance se sont offert le pays. L’alternance n’est pos­sible qu’entre eux ».

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