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Polygamie, un scandale bien préparé

par ARNO*
mise en ligne : 26 avril 2010
 
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Pour une fois, je n’ai pas eu de mal à retrouver un email : le mot « poly­gamie », je ne l’utilise pas tous les quatre matins… Alors une recherche rapide dans mon courrier élec­tro­nique m’a illico res­sorti ce que j’ai envoyé à des copains il y a exac­tement un mois :

Au pifo­mètre, les pro­chains thèmes pour faire chier le musulman :
— la poly­gamie,
— la racaille de 8 à 13 ans.

Et ce week-​​end, nouveau « scandale » lancé par les déchets qui nous servent de gou­ver­nement, lié comme par hasard à la « dyna­mique d’invasion des burqas » : la polygamie !

Je me demande vraiment comment les jour­na­listes font pour tou­jours tout découvrir avec plu­sieurs semaines de retard sur le moindre uti­li­sateur de Google.

Libé­ration, aujourd’hui, démarre assez bien son papier, en mar­quant une cer­taine défiance quant au timing, avant d’accepter mal­heu­reu­sement d’entrer dans le « débat » fixé par Brice :

Pour une coïn­ci­dence, c’est une coïn­ci­dence. Mer­credi, le gou­ver­nement annonçait sa décision d’interdire le port du voile intégral dans tout l’espace public. Le len­demain, une jeune femme de 31 ans indi­quait à l’AFP avoir écopé, début avril, d’une amende de 22 euros pour « cir­cu­lation dans des condi­tions non aisées », car elle portait le niqab au volant. Ven­dredi, le ministre de l’Intérieur, Brice Hor­tefeux, révélait que « l’individu pré­senté comme le conjoint de cette femme », Liès Hebbadj, né à Alger et natu­ralisé français en 1999, « appar­tien­drait à la mou­vance radicale du tabligh et vivrait en situation de poly­gamie, avec quatre femmes dont il aurait eu douze enfants ». Chacune « béné­fi­cierait de l’allocation de parent isolé » et « por­terait le voile intégral ».

Notez l’introduction d’un mot nouveau, « tabligh » ; tech­nique de comm qui, comme avec « abra­ca­da­bran­desque », vous assure un buzz média­tique immédiat : ça permet au jour­na­liste de faire un petit encadré recopié de Wiki­pédia, et tout de suite ça fait drô­lement intelligent.

Après l’intertitre « Qui est Liès Hebbadj ? » (j’aurais aimé un « Qui est Brice Hortefeux ? »), on apprend :

Les RG le suivent depuis des années.

Et, plutôt que de dire ce qui relève pourtant de l’évidence (le scandale médiatico-​​politique repose tout entier sur une seule source d’information : une fiche des RG com­plai­samment dif­fusée par le ministère de l’Intérieur), les jour­na­listes pré­fèrent citer un témoi­gnage anonyme, recueilli « sur le parvis de la mosquée » :

« Qu’on sorte si vite tant de pré­tendues infor­ma­tions, poly­gamie, fausses décla­ra­tions à la CAF, c’est comme si c’était préparé. C’est politique. »

Ensuite l’article sombre, reprenant terme à terme le débat débi­litant tel qu’il a été fixé par l’éminent ministre : « Que dit la loi fran­çaise sur la poly­gamie ? », « Dans quels cas peut-​​on perdre la natio­nalité fran­çaise ? », « Le code civil va-​​t-​​il s’enrichir d’un nouvel article ? ».

Seul un encart en colonne de droite permet de deviner que le thème est déjà prévu de longue date : une citation de Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’Intérieur, en juin 2006 :

« Que dire des indul­gences cou­pables qui ont trop long­temps conduit à tolérer les pra­tiques les plus contraires à nos valeurs ? Que dire d’un pays qui compte environ 20 000 familles poly­games, ce qui repré­sente environ 120 000 personnes ? »

Et Libé d’espérer :

Cette affaire qui paraissait une aubaine pour la droite […] tourne à la polémique.

Faut-​​il être naïf !
— Pourquoi voudriez-​​vous que ce « sujet » puisse être autre chose qu’une « polé­mique » ? Vous croyez qu’Hortefeux lance sa lettre de délation en espérant autre chose qu’une polé­mique ?
— Comment peut-​​on ima­giner que le système néo-​​conservateur de Nicolas Sarkozy, entiè­rement consacré à l’enfumage média­tique, soit inca­pable au point de laisser un « événement » préparé de longue date lui échapper en moins de 48 heures ?
— Comme peut-​​on écrire que la droite perd une telle manœuvre de com­mu­ni­cation, alors même que l’article « de fond » reprend, têtière après têtière, les termes mêmes imposés par le ministère de l’Intérieur ? Même les blo­gueurs reprennent ces termes les uns après les autres.

Pour illustrer ce point, ima­ginons que je sois un ministre un peu nazi sur les bords, sou­haitant faire monter la sauce anti­sémite dans l’opinion. Je n’attaquerais pas de front, mais je balan­cerais un truc du genre : « Je me demande si le judaïsme est com­pa­tible avec les valeurs répu­bli­caines. Je pose la question, je n’ai pas la réponse, n’est-ce pas, mais je crois que la question se pose. »
— Illico, les blo­gueurs se lan­ce­raient dans une vaste démons­tration : « Mais si, le judaïsme est com­pa­tible avec les valeurs répu­bli­caines, et voici pourquoi. »
— Les « news maga­zines » heb­do­ma­daires, avec une facilité décon­cer­tante, feraient des cou­ver­tures sen­sa­tion­nelles sur dif­fé­rentes variantes : « Les Juifs en France, ce qu’ils veulent vraiment », « Les juifs : leurs réseaux occultes, leurs sou­tiens dans l’État » ; « Le judaïsme est-​​il com­pa­tible avec la Répu­blique ? Notre dossier, nos réponses » ; « Les Juifs et les francs-​​maçons : est-​​ce qu’ils menacent nos valeurs ? » (sans oublier « Carla se confie : “dans cette polé­mique, on a été injuste avec mon mari que j’aime” »).
— L’opposition par­le­men­taire s’insurgerait : « Il ne faut pas partir de cas par­ti­cu­liers pour géné­ra­liser à l’ensemble des juifs de France, qui pour la plupart sont bien intégrés et tout ça. »
— Et la presse quo­ti­dienne titrerait : « Polé­mique autour de la com­pa­ti­bilité du judaïsme avec la République ».

Mission réussie, le message et le ques­tion­nement anti­sé­mites seraient par­fai­tement passés. Il me suf­firait de relancer une autre polé­mique à la con dans les semaines sui­vantes pour entre­tenir la flamme (faut-​​il régle­menter l’implantation des syna­gogues, faut-​​il interdire l’utilisation de l’hébreu dans les lieux publics — Mélanchon, mon opposant le plus virulent, admet­trait qu’il se sent exclu de sa propre Répu­blique quand on parle une langue qu’il ne com­prend pas dans la rue). Et Libé­ration, qui trouve légitime aujourd’hui de consacrer un inter­titre à une question qui ne se pose même pas : « Dans quels cas peut-​​on perdre la natio­nalité fran­çaise ? », finirait tôt ou tard par ren­seigner ses lec­teurs : « Dans quelles condi­tions, comme l’a suggéré mon­sieur Pierre Laval, peut-​​on déna­tu­ra­liser les Juifs français ? ».

Mais revenons à l’affaire de notre fort opportun « polygame » et l’émergence « sur­prise » de ce thème. L’objet de ce billet est d’indiquer qu’il ne s’agit en rien d’une « aubaine », au sens « avantage inespéré », que cela n’a rigou­reu­sement rien de fortuit, et que ce nouveau thème était dans les tuyaux depuis un moment.

Le 22 mars dernier, le Bondy Blog évoque une rumeur : dans le pro­chain rema­niement minis­tériel, Fadela Amara aurait pu être rem­placée par « une femme du 93 », Sonia Imloul. Chez Bondy-​​Truc, on semble vouloir opposer une Rama Yade, trop bour­geoise (« [elle] n’est que du 9-​​2 ») à une femme beaucoup plus « populaire » :

Cette femme de 36 ans, non mariée, mère de deux enfants, habite un appar­tement au 16e étage d’une tour du quartier de La Cour­tille, à Saint-​​Denis (93). Can­didate Nouveau Centre aux élec­tions euro­péennes de 2009, elle est chargée de mission « action sociale » à la Délé­gation inter­mi­nis­té­rielle à la ville (DIV) – Fadela Amara est sa patronne – et fon­da­trice de l’association de pré­vention de la délin­quance des mineurs Respect 93, créée en 2004, pour venir en aide aux enfants en difficulté.

Mon­Drancy pré­sentait un CV tout de même moins popu en février :

La Dyo­ni­sienne, diplômée, cher­cheuse à l’Institut Mon­taigne, membre du Conseil écono­mique et social et membre exé­cutif de la fon­dation HSBC

La rumeur quant au rem­pla­cement de Fadela Amara suggère la recherche de nou­velles thé­ma­tiques. Après la dénon­ciation des putes sou­mises, il faut trouver du neuf. Et le créneau de Sonia Imloul, c’est :
- les petites racailles à partir de 3 ans,
- la polygamie.

Ne pas compter, tout de même, sur une ouverture alter-​​gaucho-​​je ne sais quoi. Sonia est plutôt moins à gauche qu’Eric Besson, et plutôt du genre à faire plaisir.

En 2006, Sarko reprend un rapport de l’INSERM pour pro­poser le tatouage des enfants tur­bu­lents à partir de 3 ans. Polé­mique à la con, évidemment, qui ressort pourtant en janvier 2008 dans le Figaro sous le titre sur­réa­liste « Ces mini­caïds qui sèment la terreur dès la maternelle » :

Pour Sonia Imloul, issue de l’immigration algé­rienne, le dépistage si contesté de la délin­quance avant trois ans, qu’avait suggéré Nicolas Sarkozy, est la mesure d’urgence à adopter. « Les gens qui sont contre ne savent pas de quoi ils parlent », affirme-​​t-​​elle. Le signal d’alarme, selon elle, devrait être tiré dès la mater­nelle. « Oui, on sait dans la cour de récré les­quels vont devenir délin­quants, dépressifs ou tenter de se sui­cider ! », assure-​​t-​​elle.

La mention « issue de l’immigration algé­rienne » est tota­lement far­felue ici, puisqu’elle ne permet pas de jus­tifier d’une quel­conque com­pé­tence quant au sujet traité. La seule com­pé­tence que je peux trouver, dans l’esprit d’un article du Figaro :
— les com­por­te­ments déviants chez les enfants de la mater­nelle concer­ne­raient direc­tement des enfants eux-​​mêmes « issus de l’immigration », ce qui vous ramène les consi­dé­ra­tions pédo-​​psychologiques du rapport initial de l’INSERM à un niveau par­ti­cu­liè­rement bas ;
— regardez, même une femme « issue de l’immigration » est d’accord avec le raïs…

Thème déve­loppé dans un second article du même jour, « Le dépistage précoce de la vio­lence fait des adeptes ». Après le vernis social :

Selon cette jeune femme qui a tra­vaillé à la Délé­gation inter­mi­nis­té­rielle à la famille, « il faut enfin s’attaquer aux causes les souf­frances sociale, fami­liale et psy­chique et non plus aux consé­quences, si l’on veut enrayer cette délin­quance. » « Der­rière chaque enfant violent, il y a une famille, dit-​​elle. Or dans les ban­lieues, on est les oubliés de la poli­tique fami­liale. Nous sommes des mères de quartier, des enfants de quartier, jamais des familles ou des indi­vidus normaux. Est-​​il normal que la seule poli­tique fami­liale à laquelle on ait droit soit la pré­vention de la délin­quance ? »

arrive la punition (sus­pension des allocs). Pas de carotte, juste du bâton :

Comme elle, d’autres acteurs de terrain estiment qu’« il faut défi­ni­ti­vement faire signer un contrat d’intégration à ces familles », ins­ti­tuant « des devoirs et des obli­ga­tions », avec à la clé « des sanc­tions » comme la sup­pression ou la sus­pension des allo­ca­tions fami­liales : « Il n’y a que ça qui marche », confie un éducateur de rue qui inter­vient depuis des années à Vaulx-​​en-​​Velin et Vil­leur­banne, dans la ban­lieue de Lyon.

La même façon de se pré­senter sous des atours popu, de se donner un alibi social avant d’appeler à la reven­di­cation sécu­ri­taire purement sar­ko­zyste appa­raissait déjà dans une interview de La Croix en 2005 :

« Ces familles se sentent aban­données, de seconde zone, témoigne encore Sonia Imloul. Les ser­vices sociaux n’interviennent que dans l’urgence. La plupart des enfants échappent à la pro­tection de l’enfance. Les familles échappent à la pro­tection tout court. » Quand elle appelle la police, Fatima dit qu’elle attend « quatre heures qu’ils arrivent ». La mère de famille tempête : « Pourquoi n’installent-ils pas un com­mis­sariat au cœur de la cité, au milieu des tours ? Pourquoi n’avons-nous pas le droit d’être pro­tégés, comme tous les Français ? »

Rhé­to­rique dan­ge­reu­sement pro­gres­siste concré­tisée par la sortie d’un bouquin en 2008, « Enfants bandits ? La vio­lence des 3-​​13 ans dans les ban­lieues », qui lui vaut une fiche promo dans C-​​à-​​dire sur France 5. (Je rentre du jardin public et là, je peux vous dire que même dès deux ans, voire 18 mois, les gamins d’aujourd’hui, ils te me vous sortent le couteau pour vous racketter un biberon de lait.)

Est-​​ce que ce genre de conneries prend ? Oui. Là tout de suite, 200 articles sur Google News répondent à la recherche « sup­pression des allo­ca­tions fami­liales » et cor­res­pondent à une des nou­velles lubies/​polémiques gouvernementales.

Acces­soi­rement, notons que la dame a aussi une analyse pas du tout ori­ginale sur la guerre à Gaza : « L’émotion sus­citée par la guerre à Gaza pro­voque une forte mobilisation » :

Cette colère, notamment chez les jeunes, fait craindre des débor­de­ments à Sonia Imloul, res­pon­sable d’une asso­ciation à Saint-​​Denis.

Vous lisez ça, vous lisez un com­mu­niqué du CRIF pendant le mas­sacre de Gaza en janvier 2009, vous avez du mal à trouver la dif­fé­rence entre les deux.

Mais plus récemment, le cheval de bataille de Sonia Imloul, c’est la poly­gamie. Je me sou­viens qu’à l’époque où, au lieu de faire chier l-​​islamiste-​​radical, on se contentait de faire chier les arabes-​​tout-​​court, on nous soulait déjà avec ça.

Comme l’a rappelé Libé, Sarkozy a déjà abordé le sujet en juin 2006. Sonia Imloul, l’ex-future-ministre, a donc repris le sujet. Ce qui devient en novembre 2009 une note du think-​​tank « Ins­titut Mon­taigne », sous le titre « La poly­gamie en France : une fatalité ? ».

La lecture du rapport lui-​​même ne me semble pas tota­lement cho­quante. On a bien une pre­mière phrase qui prétend que l’égalité homme-​​femme est le pilier de notre Répu­blique, genre de fadaise qui inquiète tou­jours quand on va se mettre à dénoncer une ano­malie importée par les immigrés ex-​​colonisés, et surtout une pre­mière partie consacrée à dénoncer un « déni sta­tis­tique » qui annonce :

Cette mécon­nais­sance sta­tis­tique encourage tous les fan­tasmes et décou­ragent [sic] ceux qui sou­hai­te­raient pouvoir pro­poser des mesures d’ensemble pour venir à bout de cette situation.

Mécon­nais­sance sta­tis­tique qui n’interdit évidemment pas de tirer des conclu­sions et de pro­poser des solu­tions, au motif que « La poly­gamie n’est pas une fatalité ».

Un autre point étonnant pour le rapport d’un « think tank », c’est l’absence de des­cription sur les sources et la méthode de l’enquête. Y a-​​t-​​il eu des femmes inter­rogées, combien ? Quelles asso­cia­tions ont témoigné, dans quelles condi­tions ? Quand l’auteur écrit :

Dans un certain nombre cas, je peux même témoigner que les femmes qui prennent la dif­ficile décision de déco­ha­biter ne reçoivent pas le soutien qu’elles méritent. On a, semble-​​t-​​il, décidé de baisser les bras et de renoncer à sou­tenir effi­ca­cement la déco­ha­bi­tation. Pourquoi ce renon­cement et ce taris­sement des moyens ?

on est face une grande impré­cision. Combien de cas ? Qui est « on a décidé » ? De quels moyens parle-​​t-​​on quand on évoque « ce taris­sement des moyens » ? L’État, les ser­vices sociaux, les dépar­te­ments, les muni­ci­pa­lités, les asso­cia­tions ? Quels sont les moyens for­ma­lisés par quels textes, quelles cir­cu­laires ? Pour être clair : une jour­na­liste de Marie-​​Claire connectée à l’internet vous pon­drait exac­tement le même « article » en deux ou trois jours.

Les dix « pro­po­si­tions » ne sont pas cho­quantes, et même assez logiques, mais puisqu’on ignore l’ampleur de la question, la com­mu­ni­cation sur cette question peut être discutable.

Et, comme on le voit aujourd’hui, elle semble forcément discutable.

Après la publi­cation de son rapport, Sonia Imloul donne une interview à TF1/​LCI. La situation devient « alar­mante », et on a des chiffres :

D’après les infor­ma­tions que j’ai pu recueillir, notamment auprès de la police, on en recen­serait aujourd’hui entre 40 000 et 50 000. Si vous comptez une dizaine d’enfants par famille polygame, cela porte à au moins 400 000 le nombre d’enfants concernés par cette situation en France.

Chiffres qui ne figurent pas dans son propre rapport. Ça sent le doigt mouillé, là. Il y a des chiffres « sérieux » pour le rapport de l’Institut, et de nou­veaux chiffres, beaucoup plus spec­ta­cu­laires, pour TF1.

Nou­velles impré­ci­sions (« géné­ra­lement », « cer­taines »…) dans cette dénon­ciation sensationnelle :

Géné­ra­lement, le pro­blème est que ces femmes sont sans-​​papiers, elles n’ont pas d’existence. Cer­taines vivent séques­trées, sans compter le barrage de la langue et le fait qu’elles n’ont pas d’argent car c’est le mari qui touche les allo­ca­tions fami­liales. Cela pose des pro­blèmes évidents pour orga­niser une éven­tuelle “déco­ha­bi­tation”.

De quels moyens a béné­ficié l’auteur de ce rapport de six petites pages pour ren­contrer des femmes « séques­trées », établir l’ampleur d’un tel phé­nomène (for­cément tota­lement occulte) et exposer la logique complète ?

Et le plus beau : « Vous demandez la création d’une enquête parlementaire… ».

À partir du moment où on est capable de créer une com­mission d’enquête pour 367 femmes qui portent la burqa, je pense que l’on peut trouver les moyens de s’intéresser au sort de ces d’enfants. Le sujet ne doit plus rester tabou.

Le fait que la Sar­kozie a déjà pondu une pre­mière polé­mique à la con pour jus­tifier le lan­cement d’une seconde polé­mique à la con est un argument logique impa­rable. (Dans l’absolu, je veux bien admettre qu’on s’intéresse à la question, mais le passage par une « com­mission d’enquête par­le­men­taire » en ce moment est l’assurance de ne rien obtenir d’autre qu’un nouveau défer­lement de haine raciste.)

[Ajouté mardi 27 mars] Arrivé à ce point, j’ai donc une « polé­mique » qui cor­respond exac­tement à un rapport réalisé récemment par une « mili­tante asso­ciative » qui sou­tient, en toute indé­pen­dance, les lubies sar­ko­ziennes. Je n’ai pas encore traité le lien entre Sonia Imloul et les manœuvres du gou­ver­nement de l’Identitude nationale en matière d’immigration.

Il est très dif­ficile de trouver des infos sur l’association qu’elle a fondée, Respect 93, qui ne semble pas avoir de site Web, et dont on ne parle dans la presse que pour mettre en valeur les décla­ra­tions de sa diri­geante. En revanche, j’ai trouvé un arti­culet du Parisien, de janvier 2004, qui établit le lien direct entre Respect 93 et le Col­lectif Respect :

C’est lors d’une ren­contre orga­nisée par le col­lectif Respect que Sonia Imloul a le déclic et propose de prendre la tête de l’association en Seine-​​Saint-​​Denis, le dépar­tement qui l’a vue naître il y a trente ans.

Un version très dif­fé­rente est évoquée par une par­ti­ci­pante à un forum d’AuFéminin, citant en mars 2004 un article du Figaro magazine que je ne par­viens pas à retrouver (si quelqu’un met la main dessus, je suis preneur) :

Respect riposte

Sonia Imloul, 30 ans, mili­tante asso­ciative en Seine-​​Saint-​​Denis, est en colère. L’objet de son courroux : l’association Ni putes ni sou­mises. Certes, la cause défendue lui semble juste, car elle aussi a vécu la dif­fi­culté des jeunes filles qui évoluent dans un univers machiste où le mariage forcé et la vio­lence conjugale sont trop souvent la règle. Plus jeune, se souvient-​​elle, on a voulu m’abandonner au pré­texte que je suis une fille !

Seulement voilà, les égéries de Ni putes ni sou­mises adhèrent toutes au Parti socia­liste. Fadela Amara, la pré­si­dente, est conseillère muni­cipale PS de Clermont-​​Ferrand, et Loubna Meliane est membre du bureau national. Il risque donc de se passer la même chose qu’avec SOS Racisme, qui a long­temps fait partie du pro­blème plutôt que de la solution.

Alors, avec Fré­déric Bard, un ancien chanteur, elle a créé le Col­lectif Respect, qui reven­dique déjà 1 500 adhé­rents. Autant que Ni putes ni sou­mises, et sans l’aide des médias, sou­ligne un militant. Respect veut rap­procher des popu­la­tions qui s’ignorent ou qui se méfient les unes des autres. Quant aux filles, Sonia ne désespère pas de convaincre ado­les­cents et jeunes adultes de les res­pecter davantage.

On a trop long­temps fait croire que “Nique ta mère” veut dire bonjour, affirme Fré­déric Bard. Ainsi, pour les mili­tants de Respect, les poli­tiques seraient bien ins­pirés de rompre avec le show business asso­ciatif . Selon eux, les solu­tions doivent être mises en oeuvre par des acteurs de terrain et non par des inter­mit­tents de la com­passion qui cherchent une place au soleil. On voit trop de mou­ve­ments popu­laires dans les médias, mais impo­pu­laires auprès de ceux qu’ils sont censés défendre .

De fait, la par­ti­ci­pation de Sonia Imloul au Col­lectif Respect ne serait pas dû à une « ren­contre » for­tuite, elle serait direc­tement à l’origine de l’association avec Fré­déric Bard. (Ce point est cependant acces­soire : l’important est que Respect 93 est une branche locale du Col­lectif Respect.)

L’appartenance de Sonia Imloul à la « majorité pré­si­den­tielle » n’est pas un mystère :
— en 2009, elle figure sur la liste de Michel Barnier et Rachida Dati pour les Européennes,
— elle est pré­sentée sur le site du Nouveau Centre en Seine-​​Saint-​​Denis,
— elle par­ticipe à la liste UMP-​​Nouveau Centre du 93 pour les régio­nales en 2010, avant de s’en retirer parce qu’elle n’est pas en position éligible.

C’était donc une mili­tante asso­ciative par­ti­cu­liè­rement indé­pen­dante qui était allée, selon le Figaro, remettre une pétition à l’Élysée en décembre 2008.

Fré­déric Bard, fon­dateur plus connu du Col­lectif Respect, est aussi un res­pon­sable UMP. Mais il ne faut pas le dire à la radio.

Le lien entre Respect et le ministère de l’Identitude est par­ti­cu­liè­rement pro­blé­ma­tique, car il concerne les magouilles gou­ver­ne­men­tales autour des centres de rétention et l’aide aux réfugiés (tenter de se débar­rasser de la CIMADE et du GISTI). En octobre 2008, le site « Combats pour les droits de l’Homme » indique que Fré­déric Bard est « chargé de mission UMP du ministère de l’immigration », et s’interroge : « Le col­lectif “Respect”, un “faux nez” du ministère de l’Immigration ? » :

Il [Fré­déric Bard] était aussi en 2003 délégué départemental-​​UMP de la Culture et militant dans le 17e — section dont Patrick Sté­fanini, secré­taire général du ministère de l’Immigration, était alors le secrétaire.

Encore plus sur­prenant, à la lecture de ce document (cin­quième semaine cultu­relle congo­laise RDC du 21 au 30 juin 2008), il apparaît que Fré­déric Bard serait aussi chargé de mission pour la RDC au Ministère de l’Immigration de l’Intégration, de l’Identité nationale et du Déve­lop­pement solidaire

Le même site revient à la charge en avril 2009 : « Le col­lectif “Respect” est sub­ven­tionné par le ministère de l’Immigration. Mais pour quoi ? ». La lecture de cet article est édifiante (rire ou pleurer ?). On y apprend encore que :

Maryse Lechesne, actuelle coor­di­na­trice du col­lectif, se situe également dans la mou­vance UMP. Elle figurait sur la liste UMP d’Île-de-France conduite par Jean-​​François Copé aux élec­tions régio­nales de mars 2004. Et, outre ses res­pon­sa­bi­lités au sein du col­lectif Respect, elle est vice-​​présidente de l’association Vivent les femmes dont la pré­si­dente figurait au titre du parti radical (de Jean-​​Louis Borloo) sur la liste UMP du 14e arron­dis­sement de Paris, pour les élec­tions muni­ci­pales de 2008.

Voilà. Je vous résume le truc ?
— Juin 2006, Sarkozy aborde le sujet de la poly­gamie. Vieux truc piqué à son mentor Pasqua.
— Sonia Imloul, qui dirige une asso­ciation posi­ti­vement connue des ser­vices du ministère de l’Immigration (l’association mère, au minimum, est sub­ven­tionnée par ce ministère), pond un rapport pour le think-​​tank de Claude Bébéar sur le sujet en novembre 2009. Le truc est court, approxi­matif, non sourcé, sans métho­do­logie claire, et ren­contre le dés­in­térêt poli de la presse (sauf TF1/​LCI et la galaxie des sites fachos et/​ou ultra-​​sionistes).
— Malgré cela, Libé­ration consacre un article (pas inin­té­ressant) au même sujet en février 2010, signé Marwan Chahine. Article net­tement plus docu­menté et sourcé que le « rapport » de Mon­taigne, rapport qui y est cri­tiqué par deux spé­cia­listes.
— Fin mars 2010, rumeur du rem­pla­cement de Fadela Amara par Sonia Imloul, dont les deux seules spé­cia­lités sont : (a) la détection des futurs auteurs de tour­nante dès la mater­nelle, phé­nomène que l’on pourra aisément résoudre en sucrant les allocs des parents, (b) la polygamie.

Je sais bien la peur maladive des jour­naleux pour les « théories du complot », mais il fau­drait arrêter d’être naïf et de croire que des « polé­miques » sur­gissent spon­ta­nément les unes à la suite des autres sur un sujet unique, que la com­mu­ni­cation « échappe » à des gens qui ont été élus uni­quement grâce à leur maî­trise de la com­mu­ni­cation poli­tique, et com­mencer à se demander :
— d’où viennent les sujets de ces polé­miques ?
— comment se fait-​​il que chacun de ces thèmes soit annoncé, plu­sieurs mois à l’avance, sur les sites de la « réaco­sphère » (ultra-​​sionistes et fachos adeptes du Choc des civi­li­sa­tions et de la pro­chaine guerre civile en France) ?
— ça finira quand, et par quelle catastrophe ?

Est-​​ce que les jour­naleux sont en train de se rendre compte qu’ils s’interrogent aujourd’hui, comme s’il s’agissait d’une chose banale, sur la pos­si­bilité de déchéance de la natio­nalité fran­çaise d’un individu ?

Au total, 3,1 % des 485 200 per­sonnes natu­ra­lisées entre 1927 et août 1940 ont été déna­tu­ra­lisées entre 1940 et 1944, soit 15 154 per­sonnes ; 78 % des dos­siers exa­minés concer­naient des Juifs. 23 648 Juifs avaient été natu­ra­lisés de 1927 à 1940 (4,9 % du total des natu­ra­lisés). Fin août 1943, 30 % des Juifs étaient déna­tu­ra­lisés (7 053 personnes).

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