Le Scarabée
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The Thierry Marceaux Internet Fan Page

par ARNO*
mise en ligne : 19 juillet 1999
 

Un édito dédié à l’Homme de l’Année 1998.

Quelle tris­tesse ! L’homme que je vénère comme mon nouveau maître à penser, Thierry Mar­ceaux, vient d’être condamné par le tri­bunal cor­rec­tionnel de Vesoul à 150 heures de travail d’intérêt général. La peine peut sembler légère, mais c’est une grave injustice ; Thierry Mar­ceaux, pour toute condam­nation, aurait mérité une médaille. Car ce jeune homme a oeuvré acti­vement pour la dénon­ciation de la connerie mystico-​​médiatique et pour la pro­motion de la Raison (qui est, comme chacun le sait, le fon­dement de la démo­cratie républicaine).

Alors que l’on donne la Légion d’honneur à des anti­sé­mites tor­tion­naires de mérous et les Arts et Lettres à des assassins de la musique, Thierry Mar­ceaux, lui, écope d’une condamnation.

Rappel des faits. En octobre dernier, d’étranges phé­no­mènes para­normaux se déroulent dans l’église du petit village de Delain : des cierges volent, fendus mira­cu­leu­sement dans le sens de la lon­gueur (comme dans Zorro), des statues de Saints se déplacent toutes seules. Rapi­dement, outre une tri­potée de curieux, de fana­tiques et d’exorciseurs en tous genres, les médias régionaux et nationaux s’emparent de l’affaire, la France entière est tenue au courant de ces sombres his­toires de cierges pos­sédés, et les journaux télé­visés s’interrogent, « envoyés spé­ciaux chez les péquenots » à l’appui : « miracle ou malé­diction », « l’église de Delain est-​​elle pos­sédée par le Sei­gneur ou par le démon ? ». Et de nous montrer des témoi­gnages incroyables de ploucs locaux racontant leurs expé­riences supra­na­tu­relles. Genre X-​​Files, mais pour de vrai. Si les repor­tages d’alors affec­taient un doute de façade, tous entre­te­naient le suspens en concluant que ces phé­no­mènes étaient tout de même bien « trou­blants », bref que cela devait nous inter­peller au niveau du mystique.

Tel­lement trou­blant que la gen­dar­merie fut chargée de l’enquête. Je vous le demande, est-​​ce que nos impôts doivent être uti­lisés pour qu’une tri­potée de Mulder et Scully ramollis du képi mènent des enquêtes à chaque fois que des cierges volent en rase-​​mottes dans les églises ? Tou­jours est-​​il que l’enquête aboutit rapi­dement et démontra que tout cela n’était qu’une petite farce du jeune maire (32 ans) du village, le sus­nommé Thierry Mar­ceaux. Une petite farce qui, faute au cirque média­tique, lui avait rapi­dement échappé et pris des pro­por­tions natio­nales. Remarque de l’intéressé à l’époque à l’égard de la presse : « Alors, quand on vous appelle pour montrer qu’on fait des choses inté­res­santes, on ne vous voit jamais. Mais quand il s’agit de choses aussi futiles… ».

Aujourd’hui, Thierry Mar­ceaux est condamné pour vol, outrage à per­sonnes dépo­si­taires de l’autorité publique (tra­duction : il a pris les gen­darmes pour des cons --- c’est pas bien) et des­truction de biens appar­tenant à autrui.

Alors que la France peine à se défendre des sectes, à éradiquer les escro­queries exploitant la cré­dulité popu­laire (voyantes et gourous en tous genres, Fran­çaise des jeux, homéo­pathes, Jean-​​Marc Syl­vestre…), alors que les bon­dieu­series réac­tion­naires influent tou­jours sur la poli­tique et que les médias entre­tiennent le marché du para­normal, on condamne un élu qui a démontré, par l’exemple, le pro­cessus de ces arnaques, qui a fait oeuvre de péda­gogie et qui a tourné en ridicule la grande foire médiatique.

Chaque dimanche, les curés exploitent la naïveté des fidèles avec des his­toires d’immaculée conception, de buisson ardent, de marcher sur l’eau et de mul­ti­plier les bons de l’emprunt franco-​​russe, suite à quoi la bonne âme enfumée à l’encens sort la monnaie et finance ces oisifs. Mais aucun n’a jamais été condamné pour escro­querie ou vol. La télé­vision, elle, enquête sur le para­normal, sur les phé­no­mènes « trou­blants », médiatise à outrance les connards extra­lu­cides et les crétins pré­mo­ni­toires (et encore, je ne parle pas de Chirac) ; les tabloïds et les journaux féminins capi­ta­lisent sur la bêtise astro­lo­gique (« Vierges : cet été vous allez vous faire tirer »)… jamais aucune condam­nation. Les homéo­pathes vendent l’effet Placebo au prix du caviar et expliquent qu’il ne faut pas toucher leurs petites pilules avec les doigts, sinon ça ne marche pas, ce qui prouve bien que leur médi­cation a moins d’effet que de sucer son pouce. Mais c’est autorisé.

Thierry Mar­ceaux, lui, a réel­lement contribué à l’éveil des consciences, car sa petite mani­pu­lation était, pour le moins, « trou­blante ». Ses « pigeons », on l’espère, ont appris quelque chose sur leur propre cré­dulité. Il a de plus démontré les limites de la déon­to­logie et du pro­fes­sion­na­lisme des médias et la façon dont ils nivellent l’information par le bas. A défaut de recon­naître son impact sur le progrès humain, on peut encore admettre qu’il a, pendant un tri­mestre, soutenu l’économie du tou­risme local (ah, la can­coillotte !). Sa récom­pense : une condam­nation de justice (en l’espèce, je me demande encore ce que la justice vient faire dans cette his­toire de bêtise privée).

A Thierry Marceaux, la République reconnaissante.

P.S. J’apprends la mort de John-​​John Kennedy (déjà, John-​​John, quel nom de con !). Tenez-​​vous bien, ça n’est pas un accident d’avion : d’après nos médias, c’est un effet de la « malé­diction du clan Kennedy », du « sort qui s’acharne sur les Kennedy », de l’« acharnement du destin ». Déci­dément, la presse nous vend le sur­na­turel en packs de douze…

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